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MARIE-LINE ET SON JUGE

Sans doute trop schématique

Le Havre. Marie-Line, 20 ans, serveuse, fait la connaissance d’Alex, un jeune étudiant souhaitant faire du cinéma, avec lequel elle entame une relation. Mais rapidement Alex ne donne plus de nouvelles. Quelque temps plus tard, alors qu’elle le revoit avec ses camarades sur son lieu de travail, elle se montre extrêmement nerveuse et finit par renverser son plateau sur un client. Renvoyée, elle bouscule Alex dans la rue en lui demandant des comptes, non loin de policiers qui l’interpellent. Elle se retrouve alors face au juge, qui n’est autre que le client du café, et qui la condamne à 1500 euros de dommages et intérêts. Incapable de régler cette somme, le juge lui propose alors de devenir son chauffeur…

Marie-Line et son juge film movie

"Marie-Line et son juge" est le nouveau long métrage de Jean Pierre Améris, réalisateur lyonnais que l'on affectionne tout particulièrement. Auteur notamment des "Folies fermières", "Les Émotifs anonymes", ou de "C'est la vie", le voici qui nous revient avec une comédie dramatique co-adaptée avec Marion Michau, à partir du roman de Murielle Magellan "Changer le sens des rivières", autrice entre autres de la BD "La Lesbienne invisible" tirée du spectacle d'Océan (alors Océanerosemarie) et scénariste des séries "Les Petits Meurtres d'Agatha Christie" et "PJ". Cette dernière avait d'ailleurs aussi collaboré avec Améris sur son scénario en partie auto-biographique de "Profession du père" en 2021.

Rapidement l’ensemble du film semble pécher par sa construction et l’inégalité dans le développement de certaines scènes ou personnages. On a ainsi la sensation, malgré une scène carcérale initiale qui intrigue, qu’Améris a longuement retardé l’entrée dans le vif du sujet : le côte à côte de Marie-Line et du juge, et leur potentielle motivation réciproque. Malheureusement celle-ci paraîtra vite comme traitée à minima, survolant aussi bien le poids de la loi, les contraintes liées à l’entourage (son père dépressif à elle…), ou l’importance de la culture. Pire, pour ceux qui auront vu la bande annonce, ils auront sans doute l’impression qu’on leur aura tout dit sur l’aide apportée par Marie-Line, au juge, dans sa relation avec son amante. Comme s’il manquait au montage, tout un pan de l’histoire.

Les deux interprètes principaux ne sont pourtant pour rien dans les déséquilibres du métrage. Michel Blanc incarne parfaitement ce juge bougon, en permanence agacé ou énervé, qui porte le poids de ses décisions. Quant à Louane, elle compose une Marie-Line plutôt attachante, toujours à s’excuser et peu curieuse, dont la twingo rose, avec une partie de carrosserie bleue, et des sièges et volant léopard, donne toute la dimension d’un mauvais goût impensé. Le scénario malheureusement appuie lourdement sur la simplicité intellectuelle de son personnage et on a du coup grand peine à croire, non pas à son éveil (symbolisé de manière réductrice et tout de même assez ridicule par un visionnage de "Jules et Jim" en faisant le repassage), mais à son choix final en termes de perspectives.

On aurait pu ici s’intéresser ici, comme c’est évoqué ponctuellement, aux dégâts du « ghosting » en termes de relations humaines ou à l’existence d’une justice à deux vitesses, mais tout cela est finalement ramené à des dialogues schématiques et expédiés. Et que dire de l’apparition de la sœur et de sa copine, qui tombe comme un cheveu sur la soupe, ou de la scène totalement illogique où ils se rendent par surprise chez l’amante.. le portail s’ouvrant tout seul au moment de leur arrivée. Quant à la complicité entre les deux personnages, aux caractères certes opposés (lui renfermé, elle exubérante), elle semble aussi rester à l’état d’esquisse. En bref, "Marie-Line et son juge" semble accumuler au fil du récit les maladresses scénaristiques, diminuant au final considérablement l’attachement aux personnages, comme le potentiel climax émotionnel.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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