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MAN OF STEEL

Un film de Zack Snyder

Superman Begins

Dernier survivant de la défunte planète Krypton, Kal-El a été élevé sur Terre par un couple de fermiers, Jonathan et Martha Kent. Isolé du reste de l’Humanité par ses pouvoirs surpuissants, il va devoir apprendre à trouver sa place, et devenir le sauveur d’un monde menacé par ses semblables…

75 ans de comics, une poignée de films (dont deux chefs-d’œuvre), quelques séries TV ou d’animation, et l’image d’un super-héros surpuissant et altruiste, défendant la Vérité, la Justice et l’Idéal Humain, voilà où en est Superman lorsque DC Comics et Warner annoncent la mise en chantier d’un nouveau « début », confié aux bons soins de Christopher Nolan, David Goyer et Zack Snyder. Sortant tout juste de sa trilogie consacrée au Batman, le premier se charge de la production du film. Scénariste inégal ayant déjà tâté du super-héros avec les scripts des trois "Blade" et du "Batman Begins" de Nolan, le second hérite de la lourde tâche de réintroduire Superman dans le monde contemporain. Enfin, last but not least, le troisième, qui s’est forgé une réputation controversée d’adaptateur (ou vulgarisateur, diront ses détracteurs) des grands récits de la pop-culture, du "Zombies" de George A. Romero aux Watchmen d’Alan Moore et Dave Gibbons, hérite de la réalisation. Qu’attendre d’un tel trio, dont les thématiques et cinématographies respectives sont à ce point dissociées, si ce n’est antinomique ?

C’est bien la tout le problème de ce "Man of Steel" non pas raté, mais en (presque) tous points décevant. Grand ordonnateur de cette relecture du personnage, Christopher Nolan lui applique dans un premier temps le même traitement qu’au Chevalier noir de Gotham City, notamment en usant d’un montage totalement chaotique rendant la narration confuse et pénible à suivre, en abusant de dialogues sentencieux surlignant chaque point de l’intrigue au marqueur, et en créant un héros tourmenté aux questionnements intimes propre à de déchirants drames shakespeariens. Le problème est que là où ce traitement adulte et « réaliste » (on insiste sur les guillemets) pouvait convenir à l’univers urbain et sombre du Batman, il est vite en désaccord avec les valeurs du personnage de Superman, qui de par sa nature même de héros altruiste et plus grand que nature, appelait un ton plus léger, plus fun, moins ancré dans un premier degré plombant. Le choix d’un vilain tel que le Général Zod (excellent Michael Shannon) entérine d’ailleurs cet aspect bien trop sérieux du film. Plus à l’aise dans les intrigues complexes et les personnages introspectifs, Christopher Nolan (et par extension, David Goyer, gentil « nègre » du cinéaste-démiurge) ne semble pas comprendre totalement ce qu’il veut faire de Superman, se débattant comme il le peut avec les composantes inébranlables d’un mythe qu’il souhaite moderniser.

Reste que si l’ombre envahissante du producteur/scénariste est incontestable (jusque dans la musique de Hans Zimmer, pas désagréable mais trop dans la veine de ses trois "Batman" ou d’"Inception"), il y en a bien un qui fait la différence, parvenant in fine à imposer sa patte sur ce blockbuster trop imposant pour être honnête. Véritable esthète de l’image, fasciné par le décorum martial (quel qu’il soit) et l’héroïsme, Zack Snyder apporte au scénario lourdingue de ses collègues son sens inné du divertissement qui débourre et sa science incroyable du cadrage iconique. Pour avoir transformé les Spartiates de "300" en demi-dieux de la mythologie antique, pour avoir su faire vivre les supers-héros contrariés du monumental "Watchmen", Snyder était décidément bien l’homme idéal pour porter à l’écran les bastons homériques de l’Homme d’Acier, rendre avec justesse la sensation folle de voler autour de la Terre, ou faire prendre la pose au héros sans verser dans le ridicule. Dirigeant avec justesse des comédiens géniaux (mentions spéciales à l’émouvant Kevin Costner et au très bon Henry Cavill), Snyder parvient surtout à imprimer sa marque lors des nombreuses (et bien destructrices) scènes d’action du film. Sa caméra virevoltante, ses plans séquences dantesques et son art du plan qui tue font ici des merveilles, au point que l’on a parfois l’impression, surtout lors de la dernière baston, d’assister à une retranscription en live du dessin animé culte "Dragon Ball Z".

De quoi ravir les fans de films d’action et de SF, même si l’ensemble laisse un arrière-goût amer aux fans du Superman de papier. Christopher Nolan ayant décidé de laisser le personnage de côté, on peut alors se permettre de rêver à un second opus entièrement laissé au contrôle de Zack Snyder (et David Goyer aussi, du coup, mais il est malléable…), qui ne manquerait sans doute pas de s’approprier entièrement un univers et un personnage qui semblent fait pour lui. Et pas seulement sur deux ou trois scènes d’action, aussi jouissives et efficaces soient-elles…

Frederic WullschlegerEnvoyer un message au rédacteur

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