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MAIS VOUS ÊTES FOUS

Un film de Audrey Diwan

Le portrait déchirant et exalté d’un couple face à l’impensable

Roman et Camille filent le parfait amour tout en prenant soin de leurs deux filles. Une nuit, l’une d’entre elles se réveille en convulsant. À l’hôpital, la nouvelle tombe rapidement : des traces de cocaïne ont été retrouvées dans le corps de l’enfant…

Mais vous êtes fous film image

Beaucoup de jeunes cinéastes choisissent pour leurs débuts de metteur en scène de s’emparer d’un matériau préexistant, qu’il s’agisse d’un livre ou d’une histoire vraie. Audrey Diwan semble, au premier abord, suivre ce chemin tracé, elle qui a déjà signé de nombreux scénarios ("Ami-Ami", "HHhH", "La French") et qui passe pour la première fois derrière la caméra avec "Mais vous êtes fous". Pour autant, plus que l’évènement originel, c’est la peinture d’un couple éperdument amoureux qui l’intéresse, le fait de capturer le vacillement des sentiments face à un évènement tragique, quitte à prendre ses distances avec les faits (les enfants deviennent ici deux filles, la profession du père passe de pharmacien à dentiste…).

Roman et Camille semblent être un couple parfait, tous deux étant épanouis professionnellement sans avoir perdu l’équilibre de leur vie familiale. Parents exemplaires, ils n’oublient pas de prendre du temps pour eux, pour se retrouver, s’aimer comme aux premiers instants. Mais un jour, les apparences vont subitement s’effriter, le drame va surgir violemment dans ce quotidien idyllique. L’une de leurs deux filles est victime d’une crise de convulsions, et le diagnostic est sans appel : la gamine a ingéré de la cocaïne. Camille cherche les réponses, Roman, lui, la connaît déjà. Car pour mener cette vie sans accroc, il se drogue depuis des années, mécaniquement et sans excès, ingérant la poudre blanche comme d’autres se dopent à la vitamine C.

Sans jugement ou moralisme, la cinéaste esquisse alors la peinture poignante d’un amour jadis jalousé, désormais vilipendé. Exit les scènes attendues du procès ou du sevrage, la caméra ne quittera jamais l’intimité de ce foyer ébranlé, posant des questions simples et pourtant si complexes : le pardon est-il possible ? Doit-on aider son conjoint à s’en sortir ou au contraire l’abandonner à cause de cette terrible addiction ? Chacun se fera sa propre opinion, le film préférant se focaliser sur les états d’âmes de ses protagonistes plutôt que sur des discours explicatifs. Flirtant avec le thriller dans une seconde partie plus paranoïaque, "Mais vous êtes fous" est un drame abouti, brut et brutal, qui témoigne d’un avenir prometteur pour Audrey Diwan. Tourbillon d’émotions, cette première réalisation s’affirme comme l’une des très belles surprises de ce début d’année.

Christophe BrangeEnvoyer un message au rédacteur

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