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MADRE

Un film de Rodrigo Sorogoyen

Sur le fil du rasoir

Alors qu’elle rentre chez elle en compagnie de sa mère, une femme reçoit un appel de son fils, effrayé. Celui-ci lui indique qu’il est seul sur une plage, son père ne revenant pas. Dix ans plus tard, alors qu’elle s’est installée en France, là où a disparu son enfant, elle croit reconnaître parmi des élèves surfeurs, celui-ci, devenu adolescent…

Madre film image

Rodrigo Sorogoyen, auteur remarqué et multi-récompensé pour deux polars ("Que dios nos perdone" et "El Reino"), nous propose cette fois-ci une plongée dans la psyché tourmentée d’une mère ayant perdu son enfant. La première scène, long plan séquence, est une remarquable leçon de cinéma, faisant monter la pression, la caméra suivant non seulement la protagoniste dans son appartement, mais marquant presque les palpitations de son cœur par des avancées et reculs soudains.

À noter qu’il s’agit en fait d’un court métrage, tourné par Sorogoyen en 2017 (entre ses deux longs), intitulé lui aussi "Madre", auquel l’auteur offre ici une suite, imaginant l’impasse dans laquelle s’est mise cette mère en s’installant sur les lieux de la disparition de son fils et en alimentant forcément l’espoir de le voir réapparaître, plus âgé. Maria Nieto (actrice de nombreuses séries télés jusque là) convainc quant à elle d’emblée, montrant une capacité à évoluer d’une légèreté quotidienne à une inquiétude fébrile, ou à une panique à peine contenue, en passant par quelques éclats de colère et de frustration. Projetée dix ans plus tard, elle paraît parfaitement à l’aise dans l’incarnation de cet espoir désabusé, faisant passer énormément d’émotion par le regard. Le rôle lui aura en tous cas valu le prix d’interprétation dans la section Orizzonti du Festival de Venise 2019, tout comme une nomination pour le Goya de la meilleure actrice.

Toujours sur le fil du rasoir, l’intelligent scénario interroge sur la perte, l’amour et la différence d’âge, le lien entre les êtres et la capacité à panser ses blessures et vivre à nouveau. Il donne aux parents français (Anne Consigny et Frédéric Pierrot, impeccables dans une inquiétude bienveillante) le rôle de garde-fou. Tandis que la mise en scène s’adapte aux tourments de l’héroïne, adoptant de nerveux plans séquences alors que celle-ci s’approche du point de rupture entre ce qui lui reste de vie et la folie. Un choix qui fait de "Madre" une œuvre vibrante, a l’émotion évidente.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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