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MADAME DE SÉVIGNÉ

Un film de Isabelle Brocard

Les coulisses d’une relation mère/fille passionnelle

Veuve et heureuse de l’être, Mme de Sévigné aspire à transmettre à sa fille ses valeurs d’indépendance et de liberté. Une tâche qui s’avère difficile quand on est une jeune femme au XVIIe siècle bien obligée de prendre un époux pour assurer son futur. Bientôt séparées, un amour étouffant s’installe à travers la relation épistolaire des deux femmes, à travers laquelle Mme de Sévigné révèle tout son talent d’écrivaine…

"Madame de Sévigné" commence sur une promesse intéressante : alors que le roi lui-même a jeté son dévolu sur la jeune Françoise de Sévigné, sa mère intervient et empêche le viol à venir. La joie est entière et inattendue : non seulement le film d’Isabelle Brocard promet de parler de consentement au XVIIe siècle, mais il surenchérit très vite en parlant de la nécessité pour une femme d’avoir l’ambition d’être indépendante. "Madame de Sévigné" est une histoire montrant un féminisme exécuté avec les moyens du bord de l’époque : on peut, par exemple, soit espérer la mort de son mari et être exaucée, comme Mme de Sévigné, soit décider d’un arrangement à l’amiable avec son époux et vivre séparément, comme Mme de La Fayette qui tient salon chez elle et s’adonne à l’écriture de romans. Avec un peu de moyens, de chance et de clairvoyance, on se débrouille comme on peut dans un monde où les règles sont fixées contre son genre.

Si Mme de Sévigné, interprétée par Karin Viard, qui sait décidément tout jouer, a réussi à s’émanciper des hommes, son lien fusionnel avec sa fille la rend définitivement dépendante de son affection. C’est à travers les lettres écrites par la véritable Mme de Sévigné à cette dernière que le film se construit, enfermant le personnage principal dans une succession de chambres et de salons, ou en plein air sous l’ombre d’un arbre centenaire, armée de tout un matériel d’écriture encombrant. La réalisatrice prend ainsi le parti d’axer le récit sur la relation mère/fille, une relation que l’on perçoit tour à tour comme étant salvatrice ou toxique sans que l’on puisse réellement se faire un jugement précis, notre point de vue étant limité à celui de la mère. Une structure qui donne au film une certaine redondance dans sa mise en scène et sa dramaturgie, tout en nous plongeant dans des questionnements que devaient sans doute partager plus d’une femme de l’époque : si la grossesse équivaut à un danger de mort, la solution la plus efficace n’est-elle pas de s’éloigner le plus loin possible de son mari ?

Avec son beau duo d’actrices (Ana Girardot jouant à merveille la fille, tour à tour étouffée et prenant conscience de son pouvoir sur sa mère) et ses beaux décors, on regrette cependant que le film ne nous en apprenne pas davantage sur le reste de la vie et les écrits de Mme de Sévigné, cette femme dont le nom est resté connu pour son talent d’écriture. Un petit bémol pour un film qui reste toutefois très mélodieux.

Amande DionneEnvoyer un message au rédacteur

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