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LES INTRANQUILLES

Un film de Joachim Lafosse

Damien Bonnard tout juste impressionnant

Damien, père de famille, fait du bateau avec son fils Amine, alors que sa femme Leila dort sur la plage. Il décide soudain de rentrer à la nage, laissant son fils ramener le bateau sur le rivage. Clairement agité, il répare un vélo à deux heures du matin, puis part à mobylette à sept heures. Leila s’inquiète, car il aura peint quarante toiles en quarante jours, et qu’il s’agite dans la cuisine. Pour lui qui est bipolaire, un nouvel internement psychiatrique guette…

Les intranquilles film movie

En donnant à ses personnages les prénoms de ses interprètes, Joachim Lafosse semble souligner que cette maladie, la bipolarité (ou état maniaco-dépressif), peut frapper n’importe qui, venant rendre la vie de couple infernale, malgré les moments de fulgurance qu’elle semble aussi provoquer au quotidien. Car c’est bien là la force de ce portrait porté par un incroyable acteur, Damien Bonnard ("Les Misérables", "Rester vertical"), littéralement habité : tenter de tracer une limite entre l’hyper-activité que manifeste le « patient », et l’agitation éperdue qui traduit la crise profonde et une instabilité potentiellement dangereuse.

Si l’auteur, qui s’est ici inspiré de son vécu avec son père, réussit dans une première partie à faire ressentir l’imminence du danger, c’est justement grâce au contrepoint qu’offre le personnage de la femme, épatante Leïla Bekhti, qui tente d’incarener la tendre et bienveillante raison. Construit en boucle autour du foisonnement et de la rechute, ce cœur du film montre l’homme comme à la fois exaltant, déraisonnable, involontairement drôle, mais toujours tourné vers la vie. Un état paradoxal avec celui de la dernière partie où la médication l’emporte, faisant de la femme un centre d’attention à l’image de son état psychique à elle, réellement usé.

Traversé en permanence par la question de la survie du couple face au yoyo que la maladie fait subir à l’entourage, le film de Joachim Lafosse ("L'économie du couple", "Nue Propriété") se révèle véritablement bouleversant quand rentre en ligne de compte le regard de leur fils, qui pourrait bien avoir choisi entre un père fantasque et amorphe, entre un homme plein de vitalité et un fantôme synonyme d’ennui. On ressort de la projection en comprenant finalement le point de vue de chacun, père désireux de vibrer et créer, mère protectrice fatiguée, et fils admiratif opposé à l’ennui. Reste que la scène de la transe artistique devrait mener Damien Bonnard aux César, à moins que Leïla Bekhti ne lui vole la vedette, elle qui l’affirme haut et fort n’est « pas son infirmière ».

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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