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LA BATAILLE DE L'ESCAUT

Batailles militaires et conflits intimes

Fin 1944, les Alliés ont besoin du port d’Anvers pour ravitailler leurs troupes dans l’optique de leur avancée vers l’Allemagne, mais l’armée nazie contrôlent toujours l’estuaire de l’Escaut qui permet d’y accéder. Dans ce contexte, la jeune Néerlandaise Teuntje essaie de protéger son frère résistant ; Marinus, jeune volontaire néerlandais de la Waffen-SS, est réaffecté dans son pays au moment où son regard sur l’Allemagne nazie change ; Will, pilote de planeur britannique, s’écrase derrière les lignes ennemies…

La Bataille de l'Escaut film movie

Sortie le 15 octobre 2021 sur Netflix

La présentation des trois personnages principaux n'est pas ce qu'il y a de plus raffiné dans le film, notamment quand il s’agit de présenter Marinus : le récit nous transporte sans crier gare sur le front de l’Est puis propose un flashback quelque peu lourdaud (sous forme d’un cauchemar) et une amitié express avec un officier allemand à laquelle on a un peu de mal à croire. Toutefois, on s'attache plutôt rapidement à ces personnages et l'alternance entre les trois parcours prend assez vite son rythme de croisière. Par ailleurs, le principal atout de la mise en scène est rapidement manifeste : il s’agit de filmer le plus souvent les protagonistes de près, ce qui nous plonge dans leur ressenti et accentue la tension.

Si le film est moins spectaculaire que le "Dunkerque" de Christopher Nolan (auquel il peut faire penser de temps à autre, de par le triple point de vue d’une bataille de 1944), "La Bataille de l'Escaut" tient moins de l'exercice de style et se montre finalement plus compréhensible et plus digeste. Le réalisateur, Matthijs van Heijningen Jr ("The Thing"), a ainsi l’intelligence de prendre son temps pour exposer le contexte, un peu comme un bataillon se préparant au combat. L'utilisation des cartes, à plusieurs reprises, est une astuce adroite, nous permettant de cerner la géographie du récit (les fanas de cartographie apprécieront notamment la brillante introduction animée). Quant à la tension, elle fonctionne d'autant plus que cette bataille est relativement méconnue en-dehors de la Belgique et des Pays-Bas (le titre anglais choisi à l’international est d’ailleurs révélateur : "The Forgotten Battle").

On ne peut pas dire que "La Bataille de l'Escaut" révolutionne le genre du film de guerre, mais il s’avère plus qu’honnête malgré ses quelques lourdeurs. Offrant un bel équilibre de scènes, ce long métrage a également le mérite de ne pas être manichéen, présentant ainsi la complexité de certaines situations et les dilemmes avec lesquels les gens doivent composer en période de guerre (qui sauver ? comment ? avec quelles conséquences ?). À ce titre, le personnage de Marinus, le jeune Néerlandais engagé volontairement dans l’armée allemande, est sans doute le plus passionnant. Alors qu’il est quasi mutique, on sent sa torture intérieure grâce au jeu de son interprète, Gijs Blom, brillant de bout en bout. Il symbolise à lui seul l’horrible vanité de la guerre, avec les illusions, les manipulations et les sacrifices que cela implique.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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