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JE SUIS À TOI

Un film de David Lambert

On ne force pas l'amour

Lucas, un jeune Argentin sans le sou qui se prostitue, accepte l'invitation d'Henry, un Belge, qui lui propose de l'héberger et de lui fournir un travail. Mais rapidement, le métier de boulanger lui apparaît épuisant et complexe, et les assauts répétés de cet homme bien en chair le font se sentir piégé...

Il y a quelque chose de viscéral dans le deuxième long métrage de David Lambert ("Hors les murs"). Parce que l'expression du désir charnel passe ici par l’action des deux hommes sur la pâte, pétrie, malaxée, alors que leurs corps restent éloignés dans l'intimité. Parce que de nombreuses scènes se situent dans l'antre du boulanger, près de ce four incandescent, qui sert de fond à une perspective obsédante. Parce qu'au-delà de ce four qui symbolise la chaleur recherchée par l'un comme par l'autre, il existe pourtant un monde à l'extérieur.

Ce monde, David Lambert choisit pendant une bonne partie du film, de l'occulter. Jusqu'à ce que le personnage de Lucas, habilement servi par le frêle Nahuel Perez Biscayart, entame sa rébellion et révèle une vraie personnalité. Quant à Jean-Michel Balthazar, son imposante stature contraste à merveille avec la douceur de son être, sublimée dans ses moments lyriques (vous comprendrez...). Le rapport entre ces deux personnalités, auprès desquels évolue une Monia Chokri lunaire et détachée, fonctionne très bien.

Par petites touches, comme ces envolées verbales liées à une frustration excessive ou cet agacement face à un corps non entretenu, "Je suis à toi" réussit à émouvoir. Décrivant deux recherches de trajectoires, au sein d'une petite communauté rurale où l'homosexualité semble être une donnée comme une autre, le film déploie sa délicatesse. Malgré les images crues du début, malgré un sujet pouvant sembler racoleur, malgré un récit d'apparence désenchanté, le métrage affirme une fois encore que l'amour ne se réclame pas.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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