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IRON CLAW

Un film de Sean Durkin

Des larmes et de la testostérone pour conter la tragédie du rêve américain

L’histoire hors-du-commun d’une fratrie ayant marqué l’histoire du catch au début des années 80…

Sean Durkin sait titiller notre curiosité cinéphile. Après des débuts plus que remarqués à Cannes avec le sublime et troublant "Martha Marcy May Marlene", le cinéaste était resté silencieux pendant huit ans sur grand écran, signant un film de genre avec Jude Law, "The Nest", seulement en 2019. Cette fois, uniquement quatre ans d’attente pour le découvrir à nouveau derrière une caméra, financée par la société du moment, A24. Soit une rencontre au sommet et une excitation grandissante auprès des aficionados du cinéma indépendant américain. Et à la lecture du synopsis et du casting, la hype était loin de redescendre. Zac Efron, Harris Dickinson (révélé dans "Sans Filtre") et Jeremy Allen White ("The Bear", et accessoirement l’homme qui a cassé internet avec sa publicité Calvin Klein) réunis pour jouer les membres d’une fratrie star du catch des années 80, telle est la promesse de ce "Iron Claw".

Ce titre renvoie d’ailleurs à une prise des Von Erich, cette famille ayant réellement existé, qui consistait à compresser la tête de leur opposant avec leurs doigts tendus. Sauf qu’à l’image, cette griffe de fer est surtout celle d’un paternel violent qui transfère sur ses enfants tous ses désirs de revanche sur une vie qu’il n’a pu mener lui-même. Comme sur ses précédents métrages, le réalisateur canadien s’attache à décortiquer une cellule familiale, où chaque membre en est prisonnier, littéralement ou plus métaphoriquement selon les projets. Ici, la nature environnante et luxuriante de ce ranch texan contraste avec la noirceur dans laquelle bercent ces quatre frères, bloqués par une clôture qu’il n’est pas si facile à franchir. Car leur construction sociale les enferme aussi bien qu’elle les isole du reste d’un monde dont ils ne maîtrisent pas vraiment les codes, même lorsque celui-ci est lié à leur discipline de prédilection.

Au-delà de la finesse d’écriture, le film fait preuve d’une maestria impressionnante pour nous plonger dans la psyché si particulière de ce foyer, sans jugement et condescendance, en en révélant même une beauté tragique bouleversante. Si le résultat final sonne avec une telle justesse, c’est également beaucoup dû à la composition exceptionnelle de ses différents interprètes. Leader des garçons et du récit, celui-ci étant retranscrit à travers son regard, Zac Efron épate dans le rôle de l’aîné, non pas tant pour sa démonstration de muscles que pour l’intériorité de son jeu, âme meurtrie dont un simple regard suffit à révéler toutes les blessures intimes. Déflagration proche de celle de "Tár" l’année passée, "Iron Claw" semble instaurer une nouvelle tradition à laquelle on adore souscrire : la claque de la dernière semaine de janvier. Et même si celle-ci provient de la main de catcheurs, vous ne regretterez pas de vous y frotter.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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