Parce qu'on en a jamais assez !

THE ICEMAN

Un film de Ariel Vromen

Pour l’ambiguïté de Michael Shannon

Décelant chez lui une résistance particulière à la douleur, et une capacité à ne laisser transparaître aucun sentiment, le « patron » de Richard Kuklinski décide de lui proposer un nouveau poste : celui de tueur à gages...

"The Iceman" s'ouvre avec une courte scène d'interrogatoire, se résumant à une seule question. Un prisonnier dont on distingue les traits dans la pénombre doit ainsi répondre à l'interpellation suivante : « Est-ce que vous regrettez ce que vous avez fait ? », dont on n'aura la réponse qu'à la fin du métrage. Le contraste est ainsi fort avec la scène suivante, où l'on retrouve le personnage, des années plus tôt, invitant une jeune femme « plus jolie que Natalie Wood » à prendre un verre. Maladroit, un peu timide, on devine vite que leurs destins vont s'unir, pour le meilleur et pour le pire.

Le titre est en soi très significatif du portrait que dresse Ariel Vromen. Son homme de glace (traduction française de « Iceman »), c'est Michael Shannon, acteur américain vu jusque là dans "Take Shelter" (Grand prix de la semaine de la critique en 2011), en père soucieux de protéger sa famille d'une menace invisible, dans "My son, my son, what have you done ?" de Werner Herzog en preneur d'otages infantilisé, et dans "Bug" de William Friedkin en paranoïaque maladif. Le voici qui trouve donc un nouveau rôle d'homme perturbé, incapable de compassion, et donc homme de main parfait du premier malfrat venu, capable de lui en imposer.

Avec près de 80% de scènes nocturnes, utilisant à merveille les contre-jours, le réalisateur dessine une silhouette sans âme, allant jusqu'à évoquer sa peur des sentiments, lors d'une scène d'anniversaire surexposée. Il installe une ambiance pesante, créant l'inquiétude au travers de l'image renvoyée par son anti-héros, armoire à glace que même quatre personnes arrivent à peine à maîtriser, dont le calme apparent contraste avec les déchaînements de violence, et qu'aucun regret ne semble affecter. Un portrait un rien trop clinique, où les règles que chacun se fixe ont une importance indéniable.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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