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THE HIT GIRLS

Un film de Jason Moore
 

Chansons sans le son

Beca vient d’arriver à l’université et elle n’est pas du genre à faire ami-ami avec les autres. Tandis qu’elle rêve de s’occuper de la programmation musicale de la radio du campus où elle se contente, en attendant, de ranger les disques, Beca fait la connaissance d’un groupe de chanteuses a cappella en quête désespérée de nouvelles voix pour le prochain concours universitaire, qu’elles perdent à chaque fois, en finale, contre la bande des garçons. Cette année, avec Beca, le catalogue musical des filles devrait gagner en modernité…

Un groupe de filles hétéroclites qui chante a cappella des tubes has been des années 90 ? Oui, c’est possible. Et c’est même très sympathique. Évidemment, il n’est pas question de chercher dans "The Hit Girls" une représentation des théories hégéliennes sur l’esthétique du Beau. On y trouvera, par contre, une sacrée dose de bonne humeur juvénile et des scènes musicales lancées sur un rythme endiablé autour d’une grappe de personnages truculents (énorme Amy la Baleine, dans tous les sens du terme) et délicieusement benêts, ainsi qu’une image enthousiasmante de l’université américaine, sans doute très éloignée de la réalité des campus – comme tous les films et toutes les séries qui se déroulent dans des facs aux USA : personne ne croit réellement que "The Big Bang Theory" soit un documentaire sur les conditions de vie des étudiants. L’objectif de "The Hit Girls" consiste à proposer une fable sur la sociabilité à travers des caricatures adolescentes au moment de leur passage à l’âge adulte, et en cela, le film est assez réussi. Les philosophes choisiront une autre salle avec moins de pop-corn dedans et plus de plans fixes sur l’écran.

Ce genre de production s’accompagne d’une dose parfois élevée d’insupportables défauts : scénario cousu de fil blanc (oui, les filles finiront par gagner contre les garçons une fois qu’elles auront subi l’influence de l’héroïne), esthétique absente, montage proche du clip réalisé pour Youtube, représentation idéalisée de la promiscuité étudiante, etc. La scène d’ouverture, qui dépeint la finale du précédent concours de chant a cappella, est en cela exemplaire de laideur : caméra incapable de rester en place, spots dans la figure, commentaires stupides, son un poil trop fort, et cerise sur le gâteau, le trivial renvoi gastrique d’une participante juste avant son solo vocal. Pendant quelques minutes, on se demande si l’on n’a pas confondu le film avec l’une de ces réalisations pour adolescents boutonneux qui rient gras et éructent joyeusement en pyjamas et pantoufles devant leur écran plat. Et puis Anna Kendrick débarque, en taxi, sur le campus de l’université, un casque high-tech autour du cou. Les garçons tombent tous amoureux de son air mutin, ce côté petite fille pas sage qui répond par une moue à un sourire ; les filles respectent le talent qui se dégage de cette jeune femme récemment sortie de l’inconnu avec « In the Air » d’Ivan Reitman et sa nomination à l’Oscar du meilleur second rôle. Et cette fois, "The Hit Girls" démarre pour de bon.

"The Hit Girls" est le film des premières. Première expérience de chant pour Anna Kendrick. Premier long-métrage de Jason Moore, qui a mis en scène des épisodes de séries TV d’une qualité souvent peu notable ("Dawson", "Les Frères Scott", "Brothers & Sisters") et des comédies musicales de Broadway comme "Avenue Q", récemment adaptée en France, ou "Les Misérables". Premier roman de Mickey Rapkin dont il est adapté, "Pitch Perfect : The Quest for Collegiate A Cappella Glory". Et première incursion dans l’univers peu connu des chanteurs a cappella et de leurs concours universitaires – un autre type de compétition à coucher dehors dont on ne soupçonnait pas l’existence, à l’instar des épreuves de dactylographie dans "Populaire". Même le scénario, dû à Kay Cannon (la série "The New Girl"), accumule les inaugurations : pour Beca, l’héroïne dotée d’une voix d’ange qui intègre le groupe des Bellas ; pour son amoureux futur, Jesse (Skylar Astin), qui rejoint la bande adverse, celle des garçons, les Treblemakers ; pour les filles qui, sous l’impulsion de Beca, passent d’une chanson unique interprétée toujours de la même manière, "The Sign" d’Ace of Base, à des morceaux plus modernes, entre La Roux et Rihanna.

Ce n’est pas la première fois, cependant, qu’un spectateur exigeant trouvera dans une production populaire le chemin du plaisir cinématographique, tant "The Hit Girls" pourrait réussir à redonner le sourire à Caliméro et Christine Boutin réunis. Le secret du succès réside, pour les Bellas comme pour le public du film, à accepter une dose de modernité dans un monde, la comédie musicale, extrêmement codifié et systématisé par des règles lestées de plomb. Jason Moore ne deviendra certes pas le réalisateur du siècle, même s’il parvient à dépasser l’esthétique MTV, et le film n’intégrera pas les programmes universitaires d’analyse cinématographique – mais tant pis, pour une fois, une équipe dénuée de toute prétention artistique a trouvé la clé des chants.

Eric NuevoEnvoyer un message au rédacteur

Pour son premier long métrage, Jason Moore, qui a œuvré sur de nombreuses séries adolescentes telles que "Les Frères Scott" ou "Dawson", a décidé de s’attaquer à un roman décrivant un univers très proche d’une série à succès, "Glee". Expert du monde télévisuel, ce n’est pas un hasard si le metteur en scène a tout de suite été inspiré par cette histoire, la comparaison étant inévitable entre les petits chanteurs du Lycée McKinley et ce groupe de filles déjantées. La caméra suit l’arrivée de Beca, éternelle rebelle passionnée de musique, à l’Université. Peu sociable, elle passe la plupart de son temps à remixer des chansons sur son ordinateur, mais elle se retrouve embarquée au cœur d’un club de chant a cappella, les « Bellas ». Réputées pour leur physique et leur prestance, ces dernières se retrouvent obligées de recruter tout azimut pour finaliser leur nouvelle équipe. Et c’est la diversité et la folie des différentes personnalités de ces chanteuses en herbe qui fait le charme de ce métrage pop.

Emmené par une Anna Kendrick toujours au top, le film, sans être des plus originaux, est doté d’une bonne humeur communicative et d’une énergie folle, lui permettant de nous transporter dans son univers rythmé. Mais surtout, en plus des numéros musicaux rafraîchissants, le métrage est rempli d’un humour ravageur. Car la rencontre entre une asiatique flippante à la voix fluette, une black lesbienne, une fille enrobée complètement déjantée, une obsédée à la poitrine généreuse, une rebelle, une rousse dépassée et une blonde parfaite psychorigide, n’est pas sans faire des étincelles, les situations cocasses s’enchaînant aussi rapidement que les chansons. Sur un ton irrévérencieux et caustique, les scénaristes n’ont pas rongé leur frein, les joutes verbales étant des plus savoureuses. Dans cette joyeuse cacophonie, Rebel Wilson est la révélation du film, celle-ci interprétant à la perfection « Amy la baleine », véritable levier humoristique du métrage.

Ce teen movie girly souffre de quelques lacunes, celui-ci tombant dans les travers du genre, en particulier lorsqu’il cherche à s’intéresser aux névroses des adolescentes et à leurs histoires d’amour. Mais lorsqu’il lâche les rênes, et laisse les filles exprimer leur folie, "The Hit Girls" bénéficie d’un rythme entraînant et d’un ton impertinent qui devraient en séduire plus d’un. Bien aidé par un casting parfait et par une relecture sympathique des succès musicaux du moment, ce long-métrage parvient, de manière presque surprenante, à nous embarquer. On espère que la bonne humeur de ce groupe de filles délurées atteindra les hits du box-office.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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