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ÉCOLIERS

Un film de Bruno Romy

La vie (presque) secrète des écoliers

Dans une classe de CM2 de Caen, les enfants travaillent et apprennent. Mais pas seulement…

Écoliers film movie

Sortie le 28 avril 2021 sur la Vingt-Cinquième Heure

On connaît Bruno Romy pour ses collaborations avec le duo Abel et Gordon ("Rumba", "La Fée"…), mais ce cinéaste normand a aussi réalisé des documentaires, dont le plus récent était consacré à sa propre fille, Mika, atteinte de leucémie (dont une version, intitulée "Quand j’avais 6 ans, j’ai tué un dragon", a été diffusée sur France 2 dans l’émission "Infrarouge" et primée au festival de Luchon). Au départ, le projet de Romy était de suivre le retour de sa fille sur les bancs de l’école. Malgré l’intérêt de cette intention initiale, c’est finalement un tout autre film que lui ont inspiré ces "Écoliers", le réalisateur n’ayant finalement pas axé son documentaire sur sa fille, qui ne bénéficie pas de traitement particulier au sein de ce groupe classe.

Le résultat conserve toutefois un aspect majeur du projet initial : saisir l’importance de ce que les enfants vivent à l’école, comprendre comment ils agissent et interagissent, loin des yeux de leurs parents – et parfois aussi loin des yeux de leur enseignant qui n’a pas le don d’ubiquité ! Il ne faut donc pas espérer découvrir un documentaire sur l’enseignement et la pédagogie car, même si on a un aperçu des méthodes utilisées dans cette classe de CM2, c’est loin d’être le sujet principal. L’enseignant est d’ailleurs presque secondaire, demeurant souvent en retrait ou hors champ. Il s’agit donc plutôt ici d’un huis clos sur l’enfance, filmée quasiment sans filtre afin de cerner ce microcosme particulier qu’est la classe.

"Écoliers" se rapproche plus du "Récréations" de Claire Simon que du célèbre "Être et avoir" de Nicolas Philibert. Mais le film de Bruno Romy a une tonalité plus lumineuse : alors que "Récréations" montrait une cour comme espace de jeux mais aussi comme lieu cruel et impitoyable avec une certaine « loi de la jungle », "Écoliers" se concentre très majoritairement sur ce qu’il y a de flamboyant et de stimulant au sein d’une classe, laissant alors une place marginale aux souffrances et aux tensions – ce qui s’explique sans aucun doute par la genèse de ce documentaire, avec cette volonté de s’intéresser à l’épanouissement d’une élève après une douloureuse période de maladie.

L’une des meilleures idées du film tient dans son chapitrage en trois temps qui évacue le traitement chronologique au profit d’une approche centrée sur l’humain et le sensible. Ainsi, le film s’ouvre avec « Le Groupe », puis explore les « Duos et Trios », avant de conclure sur les « Solos ». Paradoxalement, c’est en les éclatant que Bruno Romy parvient à saisir parfaitement la façon dont ces trois échelles s’imbriquent dans la société, ici réduite à une classe d’école élémentaire mais finalement représentative d’un fonctionnement qui la dépasse. Ainsi, le groupe est l’apprentissage de la démocratie, de la cohabitation, de l’écoute, voire de la symbiose (les séquences de chant par exemple). Les groupements plus restreints sont l’occasion d’approfondir l’entraide et la complicité, mais aussi de s’ouvrir à la diversité en variant les associations. Enfin, les individualités sont notamment le règne de l’émotion, de l’ambition ou de l’imaginaire.

On regrettera toutefois que ce troisième chapitre altère un peu la mise en scène, avec un rythme plus répétitif voire lassant, et surtout un recours à des entretiens face caméra qui viennent briser le pacte de « réalité brute » qui caractérisait le film depuis le début. Si le contenu de cette partie est tout aussi enthousiasmant que le reste, la forme est plus fade voire brouillonne – notamment la qualité relativement médiocre du son des questions posées par Bruno Romy, ou encore les étranges et hideux décadrages qui rognent le menton de certains enfants. Le réalisateur tombe probablement dans son propre piège : en voulant offrir une place à chaque élève et en s’occupant lui-même du montage, il ne s’est sans doute pas senti prêt à laisser certains enfants un peu plus en marge au profit d’une meilleure construction de son film.

C’est d’autant plus regrettable que les deux premiers chapitres avaient proposé, au contraire, un réel sens du cinéma, avec un recours pertinent à la variété des échelles de plans, à la profondeur de champ, aux accélérations et aux ralentis, ou encore à des effets sonores classiques mais efficaces. Plus que tout, Bruno Romy parvient au fil de ses "Écoliers" à dévoiler le potentiel poétique et humoristique de l’enfance. On retrouve ainsi le burlesque qui fait le sel de ses collaborations avec Abel et Godron, par exemple avec certaines grimaces ou avec la répétition des retards d’une élève. Surgit aussi, à travers des conversations qui passent du coq à l’âne ou grâce à des réflexions inattendues, un non-sens que ne renieraient pas les as de l’humour absurde.

Malgré les faiblesses du troisième chapitre, "Écoliers" fait chaud au cœur et ce film a aussi la particularité de pouvoir être vus à la fois par les enfants et par les adultes, ce qui n’est pas si courant pour un documentaire en-dehors de ceux dont la fonction est purement didactique.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

ecoliers_bande_annonce2021_1 from Keren Production on Vimeo.

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