avec ou sans moustache

DES HOMMES SANS LOI

Un film de John Hillcoat

La loi du milieu rural

Dans la campagne de Virginie d'après la Grande Dépression, aux États-Unis, un groupe de distilleurs clandestins va se voir confronté avec des autorités bien décidées à faire appliquer la prohibition. Parmi ces locaux, la fratrie des Bondurant a décidé de ne pas plier face aux hommes de loi...

Bien que nous soyons inondés de biopics ces dernières années, "Lawless" n'est pas la vie filmée de l'actrice de "Xena, la guerrière" mais une nouvelle histoire sur la prohibition et plus particulièrement sur son impact dans les régions rurales américaines. D'ailleurs, afin d'éviter toute confusion, les distributeurs français ont eu l'ingénieuse idée (comme ils en ont souvent) de traduire quasiment littéralement le titre original pour accoucher d'un titre sans identité aucune, moins agressif, complètement passe partout et par conséquent invisible sur le marché : "Des hommes sans loi".

Nouvelle collaboration de John Hillcoat avec Nick Cave après "Ghost... of the civil war" et "The Proposition", qui comme sur ce dernier reprend également le poste de scénariste. Adapté d'une "histoire vraie", c'est a dire d'un livre écrit par un descendant des héros dépeints dans le film, "Lawless" est un témoignage de l'americana, de cette vie rurale et de ses légendes, transmises de générations en générations par la musique ou le cinéma. Rien ne sépare donc l'histoire des frères Bondurant de celle, disons, des frères James, si ce n'est l'époque, la prohibition pour les premiers, la fin de la guerre de sécession pour les seconds. Habitué à retranscrire cette ambiance dans ses chansons et ses romans, il est logique que Nick Cave ait poussé cette passion au cinéma (il l'avait déjà magnifiquement fait avec son Australie natale pour "The Proposition"). John Hillcoat choisit donc justement d'orienter son récit vers ces légendes, plus que vers le contexte dans lequel elles ont évolué. "Lawless" n'est donc pas un énième film sur la prohibition, mais plutôt un film s'attardant sur ces "hommes sans loi" qui sont rentrés dans la légende, à défaut de l'Histoire des États Unis d'Amérique comme Capone et Ness.

Habité par le charisme monstrueux, à l'image de son personnage légendaire et invincible dans le film, de Tom Hardy ("Bronson", "The Dark Knight Rises"), le film nous conte l'histoire de ces 3 frères en lutte avec un agent spécial des douanes aux méthodes peu orthodoxes campé par un Guy Pearce (un habitué du cinéma d'Hillcoat) toujours aussi bon. Aussi vicieux que déterminé, il est prêt à tout pour afficher les frères à son tableau de chasse et faire taire la rumeur (il ne croit pas à cette légende) sur leur invincibilité. C'est vraiment vers ces deux personnages masculins, ainsi que celui interprété par Jessica Chastain ("Take Shelter", "The Tree of life"), mélangeant la délicatesse et la force nécessaire a la survie dans ce milieu où les femmes n'ont pas leur place, qu'il faut se tourner. C'est là qu'Hillcoat va faire son choix le plus contestable en n'attribuant le premier rôle à aucun de ces trois protagonistes. Le héros étant Shia LaBeouf (la trilogie "Transformers"), on se demande où chercher le charisme chez cet acteur au jeu répétitif, n'apportant rien de plus qu'un autre à l'histoire. On ne peut cependant pas détester cet acteur possédant un capital sympathie non négligeable, facilitant l'attachement du spectateur, mais force est de constater que son manque de charisme fait défaut au film et fait tache au milieu de toutes ces "gueules" crevant l'écran. Il en est de même pour Mia Wasikowska, dont la beauté certaine ne compense pas l'inutilité du rôle. Le récit aurait gagné en puissance à être un "all man cast" sans concession. Techniquement irréprochable, "Des hommes sans loi" est emprunt d'une ambiance pesante, que l'on s'imagine déjà présente sur le papier. La bande son en parfaite adéquation avec l'ambiance recherchée est à l'égale de l'image : une représentation d'une époque révolue, transmise de génération en génération au travers des récits racontés au coin du feu, une guitare à la main, symboles d'une Amérique aujourd'hui quasiment disparue.

Pourtant, "Lawless" n'arrive jamais à être aussi transcendant, voir définitif, que les deux derniers films d'Hillcoat, ou des classiques du genre comme "Les incorruptibles" de De Palma. Trop propre sur soi et prévisible, il lui manque un petit quelque chose pour que devenir lui-même un classique.

François ReyEnvoyer un message au rédacteur

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