COLT 45

Un film de Fabrice Du Welz

Les rumeurs étaient bel et bien fondées...

À 25 ans, Vincent Milès est un jeune armurier et instructeur de tir à la Police Nationale. Mais il est aussi un expert en tir de combat, ce qui lui vaut d’être sollicité pour intégrer une brigade de terrain. Sa vie bascule le jour où il rencontre Milo Cardena, un flic énigmatique, qui le place vite au cœur d’une affaire complexe où se mélangent une série d’attaques à main armée et une sanglante guerre des polices. Une terrible poudrière va dès lors se renfermer sur lui…

Cela faisait près de deux ans que l’on attendait des nouvelles de ce "Colt 45", incursion tant attendue de Fabrice Du Welz dans le registre du polar hardboiled. Mais en général, quand le silence radio s’installe durant plusieurs mois sur ce genre de projet (une commande, donc), quand le réalisateur s’en va réaliser un autre film plus personnel au même moment et quand le résultat débarque au beau milieu des sorties de l’été sans aucune campagne de promotion, c’est très mauvais signe. Les rumeurs se seront donc multipliées au fil des mois (conflits entre Du Welz et Joeystarr, scénario retravaillé, postproduction réalisée en l’absence du réalisateur, etc…), et au final, le résultat ne laisse aucune surprise sur ce qui s’apparente bel et bien à un projet sincère mais visiblement abandonné en cours de route par son créateur.

À première vue, on pourrait ergoter sur les dégâts produits au fil des années par le polar hexagonal à la sauce Olivier Marchal (depuis le génial "36, Quai des Orfèvres", le genre n’a rien donné de probant), lequel voit ses ingrédients les plus énervants recyclés à la queue leu-leu dans "Colt 45" : flics corrompus et râleurs, dialogues argotiques, violence extrême, manichéisme outrancier, etc… Mais là n’est pas le problème. Là où un scénario aussi prometteur, voyant un jeune armurier plonger dans un engrenage de corruption plus tortueux que prévu, aurait nécessité une approche émotionnelle du montage et une durée la plus longue possible afin de poser tous les tenants et aboutissants de la narration, le film tente hélas de torcher l’affaire en 85 minutes en recourant à des ellipses grossières (une scène semble manquer à l’appel toutes les deux minutes) et en simplifiant à l’extrême tout ce qui rentre dans le cadre (enjeux, personnages, dialogues, échanges…). En résulte donc un polar paradoxal, jamais viscéral et excessif dans son montage, ce qui laisse le spectateur dans un état d’incompréhension totale.

Au beau milieu d’un film qui semble privilégier les scènes de violence sur tout le reste (encore un dégât collatéral de la série "Braquo" !), même les relations entre les personnages frisent le bâclé : impossible de s’attacher à qui que ce soit, les personnages secondaires disparaissant aussi vite qu’ils sont apparus (le traitement réservé à Alice Taglioni est proprement honteux !), tout juste bons à servir la soupe au protagoniste et à faire ressembler l’intrigue à une banale série d’étapes à franchir. Un comble de la part d’un cinéaste qui, de "Calvaire" à "Vinyan", faisait preuve d’une empathie absolue envers ses personnages. Ce dernier sauve néanmoins quelques meubles par la création de cadres soignés et d’une ambiance nihiliste renforcée par une scène finale pour le coup très intéressante (tout tourne autour du fameux flingue qui donne son titre au film). Mais le film est lui-même à l’image d’un vieux flingue : tragiquement usé, rouillé par la force des événements, chargé de balles à blanc et nanti d’un débit de mitraillette qui ne fait qu’anéantir tout impact émotionnel. Pour le coup, même si Du Welz ne peut sans doute pas être considéré comme seul responsable d’un tel échec, la douleur est bien là. En attendant "Alléluia"

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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