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CHLOE

Un film de Atom Egoyan

Fortes perturbations

Persuadée que son mari la trompe avec des femmes plus jeunes, une quarantenaire devenue vraiment parano, engage une prostituée pour tester celui-ci. Mais les choses se compliquent lorsque la jeune fille en question commence à être attirée par la femme...

Que faire lorsque votre couple bat de l'aile ? Lorsque l'habitude s'est érigé en principe et que les contacts, jadis permanents, sont devenus rarissimes ? Ou lorsque, comme le dit justement, l'amour de votre vie est passé d'un amoureux, à un mari, puis à un ami, et finalement à une sorte de collaborateur ? Atom Egoyan, réalisateur canadien, bien plus inspiré dans les années 90 (avec "De beaux lendemains", "Exotica") que ces derniers temps, tente de donner quelques pistes au travers d'une histoire pas très originale de perversion et de manipulation, qui a tout de même le mérite de déranger un minimum.

L'auteur a toujours eu le chic pour traiter des questions sur la dislocation du couple ou de la famille, en pointant les dégâts liés à une sexualité souvent jugée déviante, ou à l'intrusion d'un événement ou d'une personne venant déstabiliser ses personnages. Ici, la jeune Amanda Seyfried (« Mamma mia! ») personnifie à merveille celle qui sème le trouble au sens propre comme au figuré. Sous des allures provocatrices, elle cache une montagne d'émotions, qui pointent parfois leur nez dans de fines expressions du visage ou des yeux. Face à elle, Julianne Moore, formidable, mais c'est presque une habitude, touche par son désarroi, sa curiosité malsaine et son attachement à un mari glacial, accaparé par son travail.

Leurs scènes de duo fonctionnent très bien, fondant peu à peu une relation où chacun se ment, et pourrait bien aussi mentir à l'autre. Si certaines scènes sont un peu expéditives et à la limite du crédible, on plonge néanmoins avec Julianne Moore dans un cauchemar paranoïaque que toute personne qui a un jour débordée de jalousie sera en mesure de comprendre. Jusque là très linéaire et feutré, le film prend une toute autre dimension avec l'arrivée dans le récit du père et du fils, n'atteignant pas le climax souhaité, la faute à un final relativement timoré, les véritables enjeux étant vite oubliés.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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