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CARRIE, LA VENGEANCE

On a une vilaine Carrie sur la dent...

Moquée et humiliée par ses camarades de lycée, séquestrée par une mère fanatique, Carrie White se découvre un jour des facultés de télékinésie dont elle tente peu à peu à contrôler les effets. Peu de temps après, elle se retrouve invitée au bal de fin d’année par l’un des garçons les plus appréciés de son lycée. Mais ce soir-là, elle sera à nouveau l’objet d’une sale blague. La blague de trop qui la poussera à déchaîner un torrent de vengeance…

Les années passent, et pourtant, rien n’y fait : par manque d’idées ou par pure fainéantise (voire un possible mélange des deux), les studios hollywoodiens continuent de massacrer les grands classiques du cinéma d’horreur au travers de remakes aseptisés et formatés pour un public peu intéressé à l’idée de se taper le film d’origine. Et à de rares exceptions près (dont le génial remake de "Maniac", pour citer un exemple récent), la déception s’impose sans cesse avec une régularité navrante, les producteurs se contentant en général d’exploiter un titre marquant pour drainer les teenagers dans les salles. Cette année, c’est au tour de la pauvre Carrie White de subir une deuxième douche de sang (au sens propre, mais aussi figuré) dans une version 2.0 du classique de Brian de Palma. Et même si l’équipe du film ne cesse de contredire le statut de remake au profit d’une nouvelle approche du roman de Stephen King, on n’est hélas pas dupe d’une telle escroquerie.

Pourtant, on aurait pu y croire. D’une part en raison de l’existence d’un film culte qui, malgré une virtuosité évidente dans la mise en scène (impossible d’oublier le climax final, massacre sanglant retranscrit par une utilisation brillante du split-screen), avait fini par prendre un certain coup de vieux dans son esthétique comme dans sa narration, somme toute assez prévisible. D’autre part parce que le choix de la réalisatrice Kimberly Peirce semblait des plus justifiés, cette dernière ayant déjà tâté du drame centré sur une héroïne en crise à travers le très dérangeant "Boys Don’t Cry". Mais l’ombre du premier "Carrie" écrase littéralement chaque séquence de ce remake, lequel se contente de nous prouver à quel point une photocopieuse peut parfois se montrer plus performante qu’un scénariste. Décalquant la quasi-totalité des scènes du film original en les ridiculisant avec une imbécilité qui frôle le génie, Kimberly Peirce va même jusqu’à laisser de côté le sujet d’origine, métaphore malsaine du basculement d’une adolescente rejetée vers l’âge adulte, au profit d’un récit de vengeance basique et sans le moindre affect.

La mise en scène, ostentatoire quand elle n’est pas d’une incroyable banalité, commet hélas la pire des gaffes : utiliser les images de synthèses les plus spectaculaires (et les plus moches, osons-le dire) au sein de chaque scène du film, là où De Palma savait se montrer dérangeant en restant focalisé sur le jeu tout en intériorité de Sissy Spacek. Ici, Carrie White ne se contente plus d’utiliser la télékinésie pour se venger, mais s’en sert aussi pour faire tout léviter dans les airs, qu’il s’agisse de son lit, de ses livres, des couteaux de cuisine ou même de son propre corps lors du massacre final. En soi, c’est déjà ridicule, en plus de balancer tout point de vue de mise en scène à la broyeuse, mais le plus fort reste quand même la répétition quatre fois de suite (et sous différents angles) du bain de sang aspergeant l’héroïne. Un effet gratuit sans intérêt, à l’image de tout le reste.

Frissons aux abonnés absents, tension inexistante, écriture navrante, narration sous Lexomil : le bilan est des plus accablants. On gardera le pire en tête : un casting calamiteux au possible, souffrant évidemment de la comparaison avec celui du film de Brian de Palma et se bornant à rajeunir ses personnages pour caler un joli nombre de djeun’s stéréotypés dans les rôles en question. En tête d’affiche, la jeune Chloë Moretz, alias Hit-Girl dans "Kick-Ass", s’impose comme une monumentale erreur de casting : en raison d’une expressivité limitée à une suite de moues boudeuses sans aucun relief, la jeune comédienne se révèle incapable de procurer de l’empathie ou de créer le trouble dans chaque variation de son jeu, là où Sissy Spacek savait nous bouleverser par un simple regard. Julianne Moore n’est pas mieux lotie dans son rôle de mère bigote, assez grotesque et hélas très loin de la terreur qu’arrivait à susciter Piper Laurie il y a trente-sept ans. Au bout du compte, la seule colère bien réelle ne s’incarne pas chez Carrie sur l’écran, mais plutôt au sein même de la salle de cinéma : une fois le film terminé, on a juste la sale impression d’avoir perdu son temps.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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