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AVENGERS

Un film de Joss Whedon

Six super-héros valent mieux qu’un

Des forces terrifiantes venues d’un autre monde envoient Loki sur la Terre afin de récupérer le Tesseract ayant autrefois appartenu au royaume d’Asgard, dans le but d’ouvrir le passage à une terrible armée. Face à cette menace, le directeur du S.H.I.E.L.D., Nick Fury, fait appel à des super-héros de choc : Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Hawkeye et Black Widow. Les Avengers sont les seuls à pouvoir protéger notre monde de cette tentative de domination menée par le demi-frère de Thor. Mais pourront-ils s’entendre et former une équipe soudée ?

« Avengers » est le résultat d’une longue pré-production qui a commencé avec l’apparition surprise du personnage de Nick Fury à la toute fin de « Iron Man » en 2008, et qui s’est poursuivie au fil des ans et des films : « Iron Man 2 », une nouvelle version de « L’Incroyable Hulk », puis « Thor » et « Captain America », tous deux entièrement voués à la présentation de ces deux protagonistes en vue du film-choral ultime. Chaque fois, la mystérieuse organisation du S.H.I.E.L.D. était personnifiée par Nick Fury, sous les traits de Samuel L. Jackson, accompagné dans « Iron Man 2 » de la belle Black Widow (Scarlett Johansson). À moins d’avoir vécu dans une station polaire durant les quatre dernières années, ou d’être absolument allergique à tout produit filmique estampillé « Hollywood », les cinéphiles du monde entier s’étaient ainsi préparés à l’arrivée fracassante des « Avengers » sur les écrans, et en 3D s’il vous plaît, succès d’ « Avatar » oblige. Mais en dehors des fans hardcore des comics dont sont adaptés ces longs-métrages, les spectateurs « normaux » avaient toute les raisons de craindre une purge – surtout au regard de la piètre performance du dernier opus en date, ce « Captain America » inepte et son héros à la limite de la sottise. De purge, pourtant, il n’est pas question ici, et c’est la première surprise.

La première apparition des Vengeurs dans des cases de comics date de 1963 : Jack Kirby et Stan Lee avaient alors l’idée de réunir dans un même récit plusieurs de leurs personnages, principe qui deviendra par la suite une habitude. Mais le portage de cette union vengeresse sur grand écran n’avait rien de simple pour autant : problèmes de droits (créatures tirées de Marvel, Spider-Man appartient désormais à Sony et les X-Men à la Fox, impossible donc de les réunir sous la même bannière), nécessité de trouver une histoire parmi tous les thèmes possibles abordés par Lee et Kirby, de choisir un cinéaste avec plus de personnalité et plus d’efficacité pour réussir à édifier un univers crédible et cohérent. Il fallait aussi présenter pas à pas chacun des personnages, quitte à sortir trop rapidement certaines productions laides et mal fichues (« Captain America » et sa 3D dégueulasse).

Étonnamment, le scénario de Joss Whedon et Zak Penn brille par son efficacité, à défaut d’avoir le moindre grain d’originalité : les vilains veulent asservir le monde et les super-héros sont là pour les en empêcher, habillés de leurs costumes de foire. La bonne idée réside dans le fait de réutiliser un méchant emblématique du film « Thor », car c’est Loki, le demi-frère du nouveau souverain d’Asgard, qui se laisse dominer par la folie des grandeurs. Tom Hiddleston lui prête de nouveau ses traits élégants et son charme de jeune premier, à travers un jeu volontiers cabotin, parfaitement intégré à l’univers peu sérieux des super-héros. L’autre bonne idée consiste à faire entrer en collusion des personnalités opposées dans l’esprit comme dans le temps : Tony Stark contre Steve Rogers, c’est l’affrontement de la modernité contre l’obsolescence ; Thor contre Bruce Banner, c’est la puissance contre la science. Tous ces bonshommes brillants ou taillés comme des armoires à glace partagent en outre une bonne dose d’humour qui dédramatise heureusement un récit un poil trop abscons. Et les deux « nouveaux » personnages, Hawkeye et Black Widow, apportent chacun un petit plus au groupe, l’un le jeu intériorisé de Jeremy Renner, l’autre le glamour de Scarlett Johansson. Quant au successeur d’Eric Bana et d’Edward Norton dans la peau de Banner / Hulk, Mark Ruffalo, il remporte haut la main ses galons de monstre : il excelle dans ce rôle mi-figue mi-raisin.

Outre cette cohérence bienvenue, « Avengers » apporte une seconde surprise de taille : le récit est parfaitement bien mené visuellement parlant, profitant des talents de Joss Whedon – le créateur légendaire de la série « Buffy contre les vampires », qui tourne ici son deuxième long-métrage après « Serenity » en 2005. Mise à part une petite longueur en milieu de métrage, le rythme enchaîne sereinement conversations graves et scènes d’action spectaculaires toujours très lisibles, avec en point d’orgue une séquence de bataille finale d’une bonne grosse demi-heure sur Manhattan, île qui aura bien du mal à se remettre des joyeusetés de six super-héros confrontés à une armée d’extra-terrestres aux visages de lépreux. Quant à la 3D, si elle ne semble pas indispensable, elle s’avère moins inconfortable que dans « Thor » et « Captain America », la profondeur de champ atteinte dans les rues de New York étant agréablement accentuée par la technique du relief.

Film habile, excellemment maîtrisé, bourré de bons mots et approfondi par des caractères énergiques (que ferait-on sans le cynisme mythique de Tony Stark ?), « Avengers » remplit à la ligne près son considérable cahier des charges, et se paye au passage le luxe de convaincre même les plus ignorants de l’univers Marvel. Tout le récit se base sur un axiome simple, qui tient du début à la fin : comment concilier des comportements aussi divergents que ceux de super-héros égocentriques, patriotiques ou divins ? Le personnage de Coulson, agent du S.H.I.E.L.D., interprété par Clark Gregg, vient dans ce but jouer les fusibles, l’une des plus belles scènes du film, tragique, lui étant réservée. Néanmoins, malgré ses qualités, « Avengers » ne dépasse pas le stade de très bon divertissement : il lui manque une profondeur thématique et esthétique à la façon de « Watchmen » (le film de Zack Snyder auquel on pense parfois durant la projection, du fait de la quête de cohérence entre plusieurs protagonistes) ou un côté obscur inspiré de « Batman », qui reste à ce jour parmi les super-héros les plus creusés. Mais que ces menues réserves n’interdisent à personne de prendre son pied durant 2h20 ! Les Vengeurs en valent plus que la peine.

Eric NuevoEnvoyer un message au rédacteur

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