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AUX YEUX DES VIVANTS

Les enfants terribles

À la veille des vacances d’été, Dan, Tom et Victor décident de faire l’école buissonnière. Après avoir incendié une grange, ils se rendent à Blackwood, ancien studio de cinéma aujourd’hui abandonné. Ils sont alors témoins de l’agression d’une jeune femme par un colosse masqué…

Pascal Laugier ("Martyrs") est parti au Canada tourner le thriller "The Secret", Alexandre Aja ("Haute tension") fait désormais carrière aux États-Unis, Éric Valette ("Maléfique") s’est reconverti dans le polar… Parmi les réalisateurs des meilleurs films de ce que fut la très brève « French Touch of Horror » (comme disent les Ricains), Julien Maury et Alexandre Bustillo font office de derniers des Mohicans, de résistants, de survivants. Sept ans après leur premier essai, le traumatisant "À l’intérieur", trois ans après le poétique (mais un peu raté) "Livide", les voilà donc de retour avec un film d’horreur, un vrai, qui semble bien marquer un tournant dans leur courte filmographie.

À l’instar de leur premier long-métrage, "Aux yeux des vivants" est un slasher. Et qui dit slasher dit tueur masqué, meurtres sauvages, proies désignées et, ce qui n’est pas le moins important, tournage en format Cinémascope. Tous ses éléments sont ici bien présents, magnifiés par une photographie somptueuse, un montage percutant et quelques passages gores du plus bel effet, mais il y a autre chose, qui donne au film un supplément d’âme extrêmement bienvenu. En donnant les premiers rôles de leur film à trois adolescents, interprétés par trois jeunes acteurs juste parfaits, Maury et Bustillo se démarquent du tout-venant de la production horrifique, tous les évènements du film étant dès lors perçus par le regard d’un enfant, avec ce que cela peut impliquer d’éprouvant et de parfois limite.

Car l’enfance est au cœur du scénario brinquebalant et parfois incohérent (c’est le gros défaut du film) de ce récit d’horreur moins brutal qu’attendu, mais qui compense cette relative accalmie dans le gore par un jeu de références ludiques, bien que beaucoup trop marquées (le culte "Stand by Me", le déjanté "Halloween II" de Rob Zombie et les comics d’épouvante en tête), un casting judicieux (dont le charismatique Francis Renaud, terrifiant en père d’un monstre humain) et une atmosphère d’étrangeté prégnante, qui donne à la campagne française l’allure d’un coin paumé du Sud des États-Unis. Des qualités évidentes qui font oublier les défauts, pas moins évidents, d’un film courageux, sincère et sans concession.

De leur premier film, les duettistes ont gardé le goût de l’image-choc, du plan qui saigne, à l’image de la très secouante scène d’introduction, qui permet de retrouver l’habituée Béatrice Dalle. De leur second film, ils ont gardé cet esthétisme soigné et fortement référencié. Mais pour ce troisième essai, les voilà qui poussent donc leurs acquis dans leurs retranchements, tout en amenant le cinéma d’horreur français dans une nouvelle direction. Difficile de dire de quoi sera fait l’avenir cinématographique de Julien Maury et Alexandre Bustillo (d’autant qu’en plus d’avoir été extrêmement difficile à produire, "Aux yeux des vivants" ne risque pas de traumatiser le box-office national), mais on peut être sûr d’une chose : il faudra garder un œil attentif sur ce duo aussi humble que talentueux.

Frederic WullschlegerEnvoyer un message au rédacteur

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