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A DANGEROUS METHOD

Un film de David Cronenberg

Le désir ou la raison

Au début du XXème siècle, le professeur Jung reçoit une jeune patiente russe souffrant de crises d’hystérie aiguës. Il entreprend, pour la soigner, d’appliquer la méthode Freudienne, uniquement à base de discussions. Mais une relation intime commence à naître à mesure des séances...

C’est clair et définitif, le Cronenberg anté-2005 n’est plus. Depuis « A History of Violence », le réalisateur de films aussi torturés que « Le festin nu », « Videodrome » ou « Crash » paraît avoir complètement changé sa méthode dans l’analyse du comportement humain. De la chair, sa recherche passe désormais par l’esprit et « A dangerous method » est le troisième film qui confirme ce revirement tout à fait réussi.

On le sait, le but de Cronenberg a toujours été de pénétrer au plus profond de la psyché de l’être humain et à partir de là, de révéler le rapport entre le comportement et la matière, que ce soit à travers le passé oublié d’un bon père de famille ou les activités inhabituelles de couples en manque de sensations fortes. Alors quoi de mieux que de revenir aux prémices des grandes théories qui ont construit les méthodes d’analyse psychanalytiques ?

Tiré d’une pièce de Christopher Hampton, ici passé scénariste, « A dangerous method » retrace les dissensions intellectuelles de la relation entre le maître, Freud, qui reste immuable lorsqu’il s’agit de son dogme, et son confrère, Carl Jung, remettant en cause la théorie purement sexuelle qui sert de base à l'approche de Freud, et aspirant à traiter les malades au lieu de simplement leur faire prendre conscience de leurs tares. Car pour Freud, on ne peut changer les malades car, au fond de l’homme, il demeure une part immuable, impossible à traiter. Au milieu de ces querelles de spécialistes se place Sabina Spielrein, d’abord patiente de Jung que le psychanalyste guérira brillamment grâce à la méthode freudienne mais aussi à travers une relation très intime qui détruira son image auprès de son ami Sigmund Freund. Elle deviendra à son tour une psychanalyste de renom, ceci grâce aux encouragements de Jung.

Extrêmement classique et précis dans sa narration, le film est cependant passionnant. Il est vrai que l’on a connu le cinéaste canadien bien plus « tâtonneur » et déjanté, mais le choix d’une mise en scène académique pour raconter cette dissension d’universitaires se révèle, par ailleurs, très justifié et prouve que Cronenberg sait s’adapter à son sujet. Collant au plus près de son récit, refusant toute surenchère et fioriture dans la reconstruction d’époque, « A dangerous method » parvient à captiver à travers ses aspects didactiques et théoriques, et même à ponctuer son récit de plusieurs tensions sexuelles qui rappelleront la patte du réalisateur de « Crash ». Ce triangle amoureux se suit avec un intérêt grandissant, à mesure que les relations entre chacun des personnages évoluent vers des travers indélicats et déviants, notamment avec l’arrivée de l’inconscient de Jung, incarné en la personne d’Otto Gross (Vincent Cassel).

Quant aux acteurs, tous sont à la hauteur de leurs rôles respectifs. Dès le début, Keira Knightley délivre une performance des plus saisissantes, taillée pour une nomination aux Oscars de février prochain. Michael Fassbender, qui enchaîne, cette année, de puissants premiers rôles dans lesquels il excelle (attendez de le découvrir dans « Shame »), est parfait dans son interprétation d’académicien en proie à ses doutes, ballotté entre la raison et un désir qui n’a besoin que d’une minuscule impulsion, de la part d’un Vincent Cassel, pervers et vicieux. Enfin, on ne le présente plus. Devenu l’acteur fétiche du réalisateur et le symbole de son revirement depuis trois films, Viggo Mortensen sait rester convainquant, et à la hauteur pour incarner des figures historiques telles que Freud. Le savoir-faire du réalisateur canadien et de ses acteurs étant confirmé, on n’attend à présent plus que la suite des « Promesses de l’ombre ».

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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