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INTERVIEW

PRESIDENT

Un journaliste fait remarqué que l’affiche du film est aussi celle qui sert de photo officielle du président et qu’elle comporte les chiffres de 1 à 5 à l’exception du 4. Lionel Delplanque répond qu’il s’agit d’une affiche inspirée à la fois des portraits ultra réalistes du musée Miterrand …

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Un journaliste fait remarqué que l'affiche du film est aussi celle qui sert de photo officielle du président et qu'elle comporte les chiffres de 1 à 5 à l'exception du 4. Lionel Delplanque répond qu'il s'agit d'une affiche inspirée à la fois des portraits ultra réalistes du musée Miterrand de Château Chinon et du fait que Giscard avait fait graver au dos de sa montre le nombre de ses électeurs. Ici, ce sont les chiffres de l'élection qui figurent sur l'affiche: 52 et quelques. Il y a de la superstition là dedans. "Les animaux politiques ont un rapport à l'irrationnel" assez marqué et se croient souvent "prédestinés".

Le président a été affublé de tics, inspirés d'autres existants: la phobie de la lumière notamment, mais aussi le fait qu'il mange du sucre pour rester actif. Mais c'est aussi une symbolique: le jour où il décide d'être président, il met ses lunettes de soleil, car il va "être dans la lumière". De même du côté de sa vie privée, il fallait qu'il soit libre, à l'image de sa vie politique où il doit séduire à tout prix. Il se permet même de rejeter une "belle actrice", ce qui est un peu le "summum du pouvoir", "dire non à une beauté".

Selon Delplanque, le film montre ce qu'on ne peut montrer dans la réalité. On nous vend régulièrement dans les médias, du faux "off", à l'opposé de ce qu'à pu être le documentaire de Depardon sur Giscard. On met en scène, on organise une "comédie de la communication" et le film met cela en évidence. Jackie Berroyer interprète le conseiller en communication, qui d'habitude reste dans l'ombre. Il coordonne le spectacle, qui semble "passer sans problème". Ce dernier cite d'ailleurs une phrase de Dominique Strauss-Kahn qui affirmait lors d'une émission, alors qu'il venait de voir un reportage où son conseillé lui proposait d'acheter "un disque de jazz" et pour sa petite fille un truc sur Zidane, que "de temps en temps on se fait piéger". Sa réaction de piégé assumant son rôle était sidérante.

Le réalisateur ajoute que les hommes politiques peuvent capitaliser sur tout. C'est un peu le paradoxe de la relation des gens à la politique, faite de rejet et de fascination à la fois. Le personnage de Mathieu est ainsi selon lui dans un rejet profond. Il adopte une logique d'entrisme pour pouvoir tout faire sauter. Mais on prend goût au pouvoir. Il affirme que son film a un côté fantastique, à l'image de Dupontel, qui chaque matin devant le miroir, réalise qu'il est président.

Lionel Delplanque avait écrit le rôle de Claude Rich pour lui. Quant à Albert, après quelques éliminations, il a paru évident qu'il n'y avait que lui pour interpréter le rôle. C'est un acteur qui peut jouer sur plusieurs langages: la familiarité, le discours télé. Il a un véritable talent d'orateur. Il lui fallait en tous cas un président jeune pour que l'on se détache des images inconscientes. Il rappelle cependant au passage que Giscard D'Estaing n'avait que 47 ans quand il a été élu. Ce à quoi Berroyer ajoute que "comme il était vieille France, on a cru qu'il était vieux". Le rôle de conseillé avait été écrit pour le réalisateur lui-même. Le nom de Berroyer est apparu lorsque ses producteurs lui ont proposé d'aller vers quelqu'un de plus mâture... Mais Berroyer ajoute qu'il ne fallait pas en faire un personnage comique, en accentuant ses difficultés à parler (à cause du bronzage et des prothèses dentaires trop blanches). Cela aurait donné un autre film.

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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