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INTERVIEW

PETITE LILI (LA)

Quand on lui dit qu’il y a un peu de lui dans les deux personnages des réalisateurs, Claude Miller répond il répond honnêtement que oui. Mais pas uniquement dans le personnage de Brice (Giraudeau), comme certains le pense, lui vouant des talents de cinéaste commercial. Il y avait une volonté d…

© Patrice Riccota

Quand on lui dit qu'il y a un peu de lui dans les deux personnages des réalisateurs, Claude Miller répond il répond honnêtement que oui. Mais pas uniquement dans le personnage de Brice (Giraudeau), comme certains le pense, lui vouant des talents de cinéaste commercial. Il y avait une volonté de casser son film en deux parties, en exposant chacun des personnage de manière soignée, puis en laissant paraître leur évolution. Il a trouvé excitant d'occulter les origines des liens qui les unissent. Ainsi, on prend les personnages en marche, et on découvre petit à petit ce qui les unit.

Le sujet de son film est intimement lié à sa vie de cinéaste. Il y a beaucoup de discussions sur les œuvres autour de lui, en permanence dans sa vie, que ce soit en famille, par les critiques, les gens de cinéma. Il s'est inspiré du réel pour décrire ces relations de famille de cinéma. Il admet le caractère du même coup très naturaliste de ce film, comparé aux autres de sa filmographie, plus sujets à la fantasmagorie. Il ajoute qu'il avait ici besoin de coller à des impressions vécues, de parler d'un milieu qui est le sien.

Les trois jeunes comédiens sont interpellés sur le caractère de cliché du débutant prêt à tout. Pour Robinson Stévenin, il ne s'agit pas d'un cliché. Pour Ludivine Sagnier, même si elle ne ressemble pas à son personnage, il lui est difficile de ne pas ressentir une résonance. Car dans ce métier il faut lutter en permanence. Le personnage de Ludivine paraît être le plus ingrat, et il reste finalement toujours seul. L'actrice avoue que son personnage est très entouré, qu'il est animé de la nécessité, du désir d'être comédienne, mais que son ingratitude véritable n'apparaît que plus tard. Pour Claude Miller, la réussite de Lili n'est cependant pas une imposture. Il n'arrive pas à la juger, car le fait de vouloir devenir comédien, c'est avant tout un désir très fort, " qui vous aspire ", parfois vers la trahison et le malheur des autres.

Julie Depardieu parle de sa propre famille. Elle sait que faire le même métier que son père, ou que sa mère dans le film, c'est provoquer une certaine menace. Mais elle se sent elle même en position de juge vis à vis de sa famille. Robinson Stévenin rajoute, que dans ce genre de famille, il y a forcément des regards qui se portent des uns sur les autres. Les plus âgés, au bout d'un moment, cherchent leur place.

Claude Miller trouve que l'insulte employée vis à vis du jeune réalisateur (Stévenin) par sa mère (Garcia), est plutôt un compliment : " Bergman de province ". Il trouve qu'il n'y a pas plus de faux Bergman en province qu'ailleurs, mais il aime personnellement le film de Julien, car c'est lui qui l'a fait. Il estime qu'il y a beaucoup de la personnalité de son scénariste dans le personnage de Julien. Il est à la fois ombrageux et volontaire, comme il l'était lorsqu'il était élève à la FEMIS. Faire du cinéma, c'est pour lui, prendre des choses de nos vies, les styliser, en faire quelque chose, les réinterpréter, c'est " le mentir vrai ".

Son film parle du changement, heureux et nécessaire dans les personnalités. Le personnage de Ludivine a changé, elle est devenue un petit soldat du cinéma. Mais elle n'a pas eu le choix, car il y a beaucoup de concurrence. Pour Ludivine, elle a appris avec le temps, elle a compris que le cinéma est le seul moyen d'exorciser sa culpabilité vis à vis de Julien et des autres. Claude Miller a d'ailleurs été touché par autant d'impudeur dans l'expression du désir de Lili de jouer son propre rôle dans le film dans le film. Pour Robinson Stévenin, il n'y a pas de fatalité. Chacun va vers le désespoir, mais peut se servir de ce qu'il a vécu pour construire un projet, même avec ceux qu'il a laissé en route. Lili entre ainsi dans une sorte de boucle vertueuse. Claude Miller termine par une phrase simple mais significative : " l'âge c'est peut être l'abandon de la radicalité, ou des idées trop dogmatiques ".

Olivier Bachelard Envoyer un message au rédacteur

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