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INTERVIEW

GUERRE EST DÉCLARÉE (LA)

C’est dans l’intimité d’un petit salon d’un grand hôtel lyonnais que Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm ont tenu une conférence de presse pour la sortie prochaine de leur film, “La Guerre est déclarée”. Bien que visiblement très fatigués par leur tour de France d’a…

© Wild Bunch Distribution

C’est dans l’intimité d’un petit salon d’un grand hôtel lyonnais que Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm ont tenu une conférence de presse pour la sortie prochaine de leur film, “La Guerre est déclarée”. Bien que visiblement très fatigués par leur tour de France d’avant-premières, les deux co-scénaristes ont répondu aux questions des journalistes avec beaucoup d’attention et de complicité. Il est vrai que le film est inspiré d’un événement qui a marqué leur vie : la maladie de leur petit garçon.

Journaliste :
Comment se passe l’écriture à quatre mains ?

Jérémie Elkaïm :
Ce film a une particularité, il est inspiré d’une histoire que l’on a vécue comme une grande aventure humaine, comme quelque chose d’assez ambivalent qui parait terrible dans l’inconscient collectif, mais qui lorsqu’on le vit est différent. On mène une bataille et on sait contre quoi on se bat. Cela nous a apporté une pulsion de vie qu’on avait envie de partager. Cette énergie, on l’a retrouvée pendant le tournage, car c’est un film qu’on a fait “Les doigts dans la prise”.

Valérie Donzelli :
Après “La Reine des pommes”, on avait très envie de re-travailler ensemble, mais je ne voulais pas refaire un film du même style. J’avais envie d’un film intense, physique, d’action… Et cette histoire que l’on a vécue ensemble était une bonne matière, émouvante et un peu romanesque. C’est en cela que le film n’est pas du tout autobiographique, mais inspiré d’un vécu. C’est une histoire d’amour, l’histoire d’un couple de notre temps.

Journaliste :
Par rapport à votre histoire personnelle, vous êtes-vous interdits de parler de certaines choses ?

Jérémie Elkaïm :
Non, on ne s’est interdit de rien. On fait référence à notre passé pour être honnête, mais nous avons construit un récit original. En fait, notre vécu nous autorise à maltraiter notre sujet, elle nous donne la légitimité de le faire. Du moment où l’on a décidé d’écrire ce scénario, c’est devenu du travail, dont le but était de plaire aux spectateurs, d’écrire une belle histoire du mieux que possible. C’était notre seul objectif. Il n’y a pas du tout de sacralisation de notre histoire personnelle.

Valérie Donzelli :
Une chose était claire entre nous : il était hors de question de raconter l’histoire d’un enfant malade, de montrer les stigmates de la maladie. Déjà parce que je trouve cela insupportable, puis reproduire artificiellement la maladie est quelque chose de ridicule, autant faire un documentaire. Surtout que quand on vit une histoire comme cela, le rapport à l’enfant devient compliqué. On a voulu montrer un couple avec le désordre que procure l’arrivée d’un bébé. Le paradoxe d’être d’un côté très heureux et de l’autre côté totalement déstabilisé… Cela peut arriver. On a voulu montrer aussi la relation triangulaire des parents et de l’enfant face à un événement qui arrive à ce dernier. Du coup, cela brise le fantasme de l’enfant, qui est l’extension de soi-même. Celui-ci devient soudain un individu à part entière, avec sa vie propre. Ses problèmes nous sont alors inconnus puisque qu’on ne les vit pas.

Journaliste :
Est-ce que vous avez pensé ne pas interpréter le rôle du couple dans le film ?

Valérie Donzelli :
Moi oui, par contre je voulais absolument que Jérémie joue le personnage de Roméo. Je n’aurais pas aimé faire le film sans lui. Ce n’était pas possible. Pour moi, par contre, c’était plus compliqué, car comme je réalisais le film, je n’avais pas la distance de la comédie comme dans mon précédent film “La Reine des pommes”. J’étais un peu inquiète sur le fait d’y arriver, de bien doser les sentiments. Puis en même temps, j’imaginais mal mettre quelqu’un d’autre en face de lui, car j’avais une idée bien précise du personnage et notre complicité apporterait forcément quelque chose.

Journaliste :
A la vue de vos deux films, votre style donne l’impression d’un cinéma “artisanal”.

Jérémie Elkaïm :
C’est vrai que Valérie fabrique ses films, elle a l’intelligence des mains comme quelque chose d’intuitif. Un peu comme un sculpteur qui travaillerait la pierre jusqu’à ce qu'apparaisse l’objet. Travailler sur l’un de ses films est une véritable joie. Elle ne casse jamais les gens, elle ne joue pas de la résistance de l’équipe comme peuvent le faire certains metteurs en scène, qui essaient de vous éduquer plus que de vous diriger. Valérie, elle, voit dans quoi vous êtes bon et cale sa mise en scène en fonction.

Valérie Donzelli :
En fait, j’adore impliquer les gens et sentir qu’on a tous envie de faire le film. Je trouve difficile de travailler dans le conflit, d’ailleurs j’en suis incapable. Là où j’ai beaucoup de chance, c’est que je tourne toujours avec des gens généreux, qui voient les choses comme un amusement et qui vont être partie prenante de la fabrication du film. Sur mes tournages, il n’y a pas le confort des autres tournages. Il n’y a pas de maquilleur, il n’y a pas de loges. On se change entre deux camions et comme j’aime bien ça, c’est moi qui maquille et coiffe tout le monde. De plus, je ne suis pas réellement cinéphile. Ainsi, je ne me contrains pas de filmer comme le font beaucoup de réalisateurs qui ont peur de ne pas être à la hauteur de leurs références. Moi, c’est un peu inconscient. Mon plaisir de spectatrice prime avant tout, et je n’ai pas de complexe à bricoler pour raconter mes histoires.
Mes films, je les écris en pensant aux gens avec qui j’ai envie de les tourner. Par exemple, le prochain, je l’ai écrit pour Jérémie et une comédienne que j’aime beaucoup : Valérie Lemercier. Si elle n’avait pas voulu faire le film, je serai passée à autre chose. J’ai même un projet pour George Clooney, mais il ne le sait pas encore !

Gaëlle Bouché Envoyer un message au rédacteur

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