Parce qu'on en a jamais assez !

INTERVIEW

BEAUX JOURS (LES)

Marion Vernoux est venue présenter, à Lyon, son dernier film. Accompagnée pour l’occasion des acteurs principaux : Fanny Ardant et Laurent Lafitte, elle est revenue sur l’écriture à deux mains du scénario et les thèmes abordés. Alors que les deux comédiens ont évoqué plus en détails, …

© Le Pacte

Marion Vernoux est venue présenter, à Lyon, son dernier film. Accompagnée pour l'occasion des acteurs principaux : Fanny Ardant et Laurent Lafitte, elle est revenue sur l'écriture à deux mains du scénario et les thèmes abordés. Alors que les deux comédiens ont évoqué plus en détails, dans une ambiance bon enfant, leurs rôles, leur métier et en partie leur évolution de carrière.

Journaliste :
Quels sont les dangers lorsque l'on aborde des thèmes comme celui de ce film ?

Marion Vernoux :
Traiter de l'adultère c'est toujours délicat. Déjà sur la forme : si on veut faire un vaudeville ou un drame bourgeois. Personnellement, ce n'était aucun des deux. J'ai essayé, sans forcément vouloir innover, d'avoir une vue différente sur cette problématique. J'ai voulu travailler sur la culpabilité, l'aveu, les cachotteries... Pour ce qui est de la relation entre un jeune homme et une femme plus mûre, c'était important pour moi d'éviter l'idée du substitut maternel, je souhaitais cibler la souffrance que peut engendrer ce genre d'intimité, ne pas la laisser se mettre au mauvais endroit. Et enfin, pour le thème de la retraite, je ne voulais pas tomber dans les clichés communs tels que le ralentissement de la vie. J'ai voulu, au contraire, montrer cette nouvelle existence comme une accélération.

Journaliste :
Fanny, qu'est-ce qui vous a plu dans ce rôle ?

Fanny Ardant :
Ce rôle est très riche. Caroline a un parcours très complet. Ça aurait pu être une tragédie antique et solennelle, avec le cœur ouvert. Il y avait tout, un mari magnifique, mais aussi le rapport qu'elle entretient avec ce club pour retraités, l'évolution de sa pensée envers ces gens plus complexe qu'elle ne le pensait à son arrivée. Et puis cette rencontre avec un jeune homme lors d'un cours d'informatique, qui l'aurait cru ! Au final, j'aimais l'idée de ce scénario selon laquelle tout peut arriver.

Marion Vernoux :
Oui, ce personnage est vraiment complexe. Caroline a porté un masque toute sa vie, en étant retranchée sur elle-même. Au départ, elle n'a pas envie d'être vue, mais grâce à la force de l'histoire elle tombe ce masque petit à petit et descend de son piédestal. Et ça lui fait un bien fou !

Journaliste :
Laurent, c'est en quelques sortes votre premier rôle d'amoureux, comment l'avez-vous ressenti ?

Laurent Lafitte :
À vrai dire, pas vraiment. J'avais déjà joué ce genre de rôle dans « Les Petits mouchoirs ». Mais ça restait tout de même différent. Dans ce dernier, je jouais un amoureux qui se battait pour retrouver le bonheur passé. Dans « Les Beaux jours », le personnage de Julien est plus lâche. Il n'a pas le courage de rompre ce cycle dans lequel il n'arrive pas à se construire. Il se considère lui-même comme une parenthèse de bonheur dans la vie des femmes qu'il fréquente. Mais rien de plus.

Journaliste :
Fanny, est-ce que désormais vous attendez ce genre de rôle ?

Fanny Ardant :
Ça ne se passe pas comme ça. Les choses arrivent mais ne se préparent pas, les acteurs ne sont pas des stratèges. Après, bien sûr, si demain quelqu'un me propose de faire la petite fille de « La Petite maison dans la prairie », pourquoi pas ? (Rires) Mais il y a une forme de logique. Avec l'âge arrivent des rôles de grands-mères, de retraitées. Le cinéma avance avec la vie. En tout cas, dans ma carrière, j'ai eu le luxe de ne jouer que des rôles que j'ai aimés.

Journaliste :
Au final, dans ce scénario, qu'est-ce qui différencie ces deux amours que vit Caroline ?

Fanny Ardant :
Et bien, avec Julien, elle redécouvre des choses simples, elle profite du temps qu'elle a. Que ce soit en courant sans payer du restaurant, en mangeant des biscuits dans le lit... Elle reprend un souffle de jeunesse, de folie. Mais avec son mari, elle rira tout le temps. Ce n'est pas le vieux bourgeois avec qui elle s'ennuie. Je pense pouvoir dire qu'ils ne se sont d'ailleurs jamais ennuyés. Il la connaît comme personne. Les inconnus sont plus curieux de vous-même, on devient un peu une plante qui renaît.

Journaliste :
Il y a aussi une redécouverte du plaisir dans ce film, est-ce que l'on a une appréhension particulière pour ce genre de scènes ?

Fanny Ardant :
Je n'aime pas mon physique. Mais je me suis sentie très protégée, à la fois par mon mari, qui était présent, et par Laurent. C'est aussi ça être acteur. Parce qu'embrasser un homme, ce n'est jamais anodin, surtout devant trente personnes...

Laurent Lafitte :
En même temps, ça reste plus anodin que dans la vraie vie. Un baiser dans la vie, ça n'a rien de banal, alors qu'au cinéma, cela reste du jeu d'acteur.

Marion Vernoux :
De plus, j'aime vraiment travailler ces scènes au préalable. En mettant en place une vraie chorégraphie, en leur expliquant quel parcours suivra leurs mains ou ce genre de gestes. Mais il y a une chose que je ne peux pas contrôler : c'est ce qu'il y a dans les yeux des acteurs au moment de tourner. Je ne sais jamais si c'est le trac ou le trouble.

Laurent Lafitte :
Personnellement, je n'aime pas jouer sur les vraies émotions. Par exemple, en cherchant un souvenir qui pourrait me mettre dans de bonnes conditions pour tourner une scène. Parce que la plupart du temps, ça ne va rien donner. Ça devient alors trop intime. Il faut, en fait, que je trouve de l'empathie pour mon personnage. J'arrive à jouer juste, en faisant semblant.

Journaliste :
Laurent, en ce moment vous n'arrêtez pas, que ce soit entre le théâtre et le cinéma, vous trouvez quand même du temps pour vous ?

Laurent Lafitte :
C'est vrai que j'ai beaucoup travaillé depuis cinq ans et mon one-man-show. Mais c'est également parce que j'ai commencé à vraiment travailler tard. J'avais l'envie de faire mon métier au rythme auquel je le fais désormais depuis longtemps. Et puis j'ai eu de belles propositions aussi. Vous savez, c'est un milieu dans lequel j'ai toujours évolué et réussi à vivre mais je ne l'avais jamais vécu avec cette liberté de choix et de manière aussi intense. C'est vraiment un luxe, et j'espère encore en profiter. Je me reposerai plus tard !

Journaliste :
Marion, comment s'est déroulée l'écriture de ce scénario, sachant que vous avez travaillé avec l'auteure du livre à l'origine du métrage, Fanny Chesnel ?

Marion Vernoux :
Admirablement ! Fanny a trente ans, lorsque j'ai écrit avec elle, elle était enceinte et dans le livre elle évoque sa mère. J'avais alors l'impression d'écrire avec trois générations de femmes de la même famille ! (Rires) Comme souvent avec les acteurs, on travaille avec des gens que l'on admire. Un jour j'ai lu son livre et le lendemain je travaillais avec elle. On était vraiment sur la même longueur d'onde et ça s'est très bien passé. La seule obligation que j'ai reçue, et que j'ai acceptée sans problème, c'était de garder les prénoms originaux. Alors que j'ai l'habitude d'appeler mes héroïnes Marie et mes héros Pierre...

Quentin Chirol Envoyer un message au rédacteur

À LIRE ÉGALEMENT