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PARCOURS : Jackie Chan

En cette année 2003 pas moins de 3 films avec Jackie Chan sont sortis sur nos écrans ("Le Smoking", en fin d'année dernière, "Shanghai Kid" et "Espion amateur" cet été) tandis qu'un 4ème se profile à l'horizon ("Le Médaillon"). Il était donc temps de revenir un peu sur cet acteur élastique à tous les sens du terme.

Cet acteur connu de manière bien trop caricaturale, cache en fait une complexité trop peu perçue par les critiques occidentales, dans sa manière de concevoir son métier d'acteur, dans sa manière d'aborder le cinéma et le cinéma d'action en particulier. Le but de l'article n'est pas de faire une biographie de cet acteur, mais de livrer plutôt un parcours de sa carrière et de l'orientation donnée à celle-ci. Car en y regardant de plus près, celle-ci peut se scinder en trois parties. Ce qui, pour un acteur de film d'action au sens occidental du terme, peut paraître assez étrange.

Ainsi, si depuis sa plus tendre enfance il s'oriente vers le cinéma et ses différents métiers, c'est sur les bancs de la prestigieuse école de Pékin qu'il fait ses classes. Dans cet institut, sont enseignés aux élèves les arts martiaux, bien sûr, mais aussi le chant, l'art dramatique et la danse, autant de disciplines qui serviront par la suite à l'homme caoutchouc. D'ailleurs dès son plus jeune âge, il va faire des apparitions dans des productions plus ou moins modestes du cinéma de Hongkong.

À tel point qu'il est souvent crédité au générique des films de Bruce Lee, le plus souvent comme cascadeur, mais aussi comme coordinateur de combat ou comme simple figurant ("La Fureur de vaincre" et "Opération Dragon" entre autres). D'ailleurs cette filiation avec le petit dragon s'intensifiera quelques années plus tard après la mort de celui-ci. L'ancienne colonie britannique, dont les films de kung-fu viennent d'éclater à la face du monde, cherche alors le remplaçant du roi des arts martiaux. Et c'est, le producteur-réalisateur le plus influent de l'époque, Lo Wei qui verra en Jackie Chan un successeur potentiel du petit dragon et l'engage donc dans la fameuse compagnie cinématographique des Shaw Brothers.

Ils signeront ensemble quelques films dont le succès restera malheureusement cantonné à H.K. C'est ainsi que Jackie Chan découvrant aussi bien son potentiel, que le monde du cinéma, ingurgite les techniques de réalisations en vogue à l'époque et toutes les étapes de la confection d'un film. D'autre part, il comprend assez rapidement que singer les mouvements de Bruce Lee ne lui apportera ni succès ni gloire, ne possédant ni son physique, ni son charisme. Et il décide donc alors de s'orienter vers une autre forme d'arts martiaux : la kung-fu comédie, un genre déjà apparu sous la férule d'un de ses anciens camarades de l'école de Pékin, Sammo Hung.

Entre l'année 1975 et l'année 1978, il tournera pas moins de 9 films réalisés pour la plupart par Lo Wei. Mais détail amusant, une de ces productions sera la première réalisation complète d'un futur grand John Woo ("Hand of Death", 1976). C'est à la fin de l'année 1978 que Jackie va tourner deux films aux caractères mineurs cinématographiquement parlant, mais majeurs dans l'évolution de sa carrière. Il va d'ailleurs faire la connaissance d'un autre homme important de H.K, Yuen Woo-ping (Futur coordinateur des combats de "Matrix" et de "Tigre et Dragon" pour ne citer qu'eux), avec qu'il va lancer son nouveau genre de prédilection, le kung-fu comédie et notamment la boxe de l'homme ivre.

Ainsi le chinois se déchaîne étant plus une esquisse, c'est vraiment à partir du "Maître chinois" ("Drunken Master", 1978) qu'il construit son succès et son style. Là derrière, suivront ses premières réalisations en 1979 et 1980, "La Hyène intrépide" et "La Danse du lion", deux films où il reprend la recette éprouvée dans le maître chinois. D'ailleurs c'est en 1980, qu'il va tenter une expérience là aussi déterminante dans sa carrière, la percée sur le marché international et notamment américain. Cela se fait par l'entremise de son producteur et du réalisateur Robert Clouse, qui avait déjà aidé à la carrière internationale d'un autre chinois, Bruce Lee, en réalisant "Opération Dragon" et "Le Jeu de la mort".

Mais cette expérience ne restera pour Jackie Chan qu'un échec, dans la mesure où son style ne convenait pas encore au public et même au réalisateur, qui l'obligeait une fois de plus à singer Bruce Lee et à donner une vision caricaturale et rétrécie de ses capacités. Là- dessus il enchaîne sur quelques films mineurs aussi bien en Asie qu'aux U.S.A. ("L'Équipée du Cannonball" 1 et 2, "La Mission fantastique", entre 1980 et 1983). À son retour à H.K, son image a décliné et, en partie à cause des magouilles des producteurs, ses films n'ont plus du tout la même audience qu'auparavant.

© Metropolitan FilmExport

Et c'est là qu'intervient le deuxième tournant de sa carrière. Conscient de son échec, il se retourne vers son style et décide de tourner des films aux profils plus internationaux, tout en conservant les spécificités du cinéma de H.K. Utilisant le vieil adage, "on n'est jamais mieux servi que par soi-même", il va tourner un des ses plus grands succès en 1983, "Le Marin des Mers de Chine". Ce film utilise les principes de la kung-fu comédie en les sortant du cadre habituel des films de combats et les replace dans celui du film d'aventure. D'autre part, de part ses capacités physiques et en hommage à deux de ses plus importantes références, Harold Lloyd et Buster Keaton, il rajoute des cascades impressionnantes, voulant surprendre le spectateur à chaque plan.

Les combats sont réglés comme des ballets et la violence des coups est remplacée par les situations comiques dans lesquelles se retrouvent les protagonistes. Ce film, à sa sortie, est un immense succès, mais déjà Jackie Chan en prépare un autre. Entre temps il tourne dans quelques productions locales et dont le niveau semble assez peu satisfaisant ("Le Flic de Hong Kong" 1 et 2, "First Mission"), ainsi qu'une nouvelle tentative de pénétration du marché américain avec "Le Retour du Chinois", nouvel échec mais dont il ramènera les bases de son nouveau film. Ce sera un film policier d'action très spectaculaire, posant les bases de bons nombres de productions à venir : "Police Story" en 1985.

Ce film hallucinant par ses cascades et le côté mégalomaniaque de la star, explose les limites du genre et réussit le parfait équilibre entre arts martiaux, comédie et cascades (la scène de traversée du bidonville en voiture ou le combat final dans le grand centre commercial sont tout bonnement impressionnants). Après cette réussite, il fait fructifier son style et ajoute encore une pierre à son édifice en allant tourner un film d'aventure, cette fois-ci, en partie en Espagne où un petit côté Indiana Jones emplit les premières minutes de ce long métrage. "Mister Dynamite" ( 1986) utilise donc une fois de plus la recette éprouvée par les deux précédents succès, c'est-à-dire humour et cascades des plus spectaculaires, associés cette fois-ci à un combat très impressionnant contre quatre grands mannequins noirs.

Cependant, ce film faillit être le dernier, car au cours du tournage, Jackie Chan chuta très lourdement, provoquant un traumatisme crânien et un coma de quelques jours. Mais cela ne l'arrêta pas, puisque dès l'année suivante, il recommence et tourne les suites de "Police Story" et du "Marin des Mers de Chine" (respectivement en 1988 et 1987). Et puis la démesure apparaît. Pour faire face à cette surenchère de cascades et de scènes toutes plus spectaculaires les unes que les autres, il décide de tourner un film plus centré sur le décor et les hommages à une époque du cinéma, qui lui tient à cœur : les années trente, donnant à "Big Brother" l'aspect, du moins physique, de ce qu'aurait pu être une production de l'époque avec Harold Lloyd et Buster Keaton. Et ce film est une fois de plus une réussite artistique, ceci uniquement, car le public en Asie ne le suivra pas !!

Pas démonté pour autant, il se lance, l'année suivante, dans la production la plus chère (à l'époque) du cinéma de H.K : le très international "Opération Condor", qui est en faite la suite de "Mister Dynamite". Ce film commence à annoncer le nouveau tournant dans sa carrière, car pour une fois l'humour, somme toute très présent, devient plus visuel et donc plus facilement compréhensible pour le public occidental. Il est vrai qu'en Asie, le plus souvent, les notes d'humour passent beaucoup par le visage des acteurs et actrices et ce, de manière très grimacière. Or Jackie Chan comprend qu'il est plus vendeur pour le côté spectaculaire des films et que les occidentaux sont maintenant prêts à passer outre les clivages culturels dans les limites du raisonnable. Cette tendance va d'ailleurs s'accentuer dans les films d'actions à venir.

Les années suivantes vont le voir tourner de nombreuses productions pas toujours d'un très haut niveau, mais gardant par moment la magie de son style kung-fu comédie personnel. Ainsi "Niki Larson" et "Double Dragon" assènent un humour très lourd et un visuel un peu en berne, mais sont parfois sauvés l'espace d'une séquence (la scène de combat dans la salle de jeu vidéo et l'hommage à un des plus grands jeux vidéo sont savoureuses dans "Niki Larson"). Entre-temps il se relance dans la comédie policière avec "Police Story 3", qui le verra associé à une grande artiste et actrice, Michelle Yeoh, où les esquisses d'un rapprochement avec la Chine apparaissent (nous sommes en 1992, soit 5 ans avant la rétrocession de H.K à la Chine continentale).

La dessus, il enchaîne avec une de ses plus grandes réussites, qu'il renie en partie, le méconnu "Crime Story". Ce film policier tiré d'une histoire vrai, sur un kidnapping d'industriel fortuné, sera donc une douloureuse expérience pour lui. Car le résultat ne le satisfait pas, dans le sens où la violence sèche et la noirceur du film ne font pas partie de ses principes cinématographiques. Il s'est toujours imposé une sorte de code moral où le sexe et la violence gratuite ne doivent pas rentrer comme moteur de ces productions. Or cette fois-ci c'est là-dessus que le film focalise ses qualités. Un conflit va donc l'opposer au réalisateur, Ringo Lam, et il remontera même une partie des séquences pour les rendre plus acceptables à son goût.

En 1994, il tourne la suite du "Maître chinois", "Drunken Master 2". Ce film est une commande du syndicat des cascadeurs et aussi un hommage à Lo Wei qui venait de décéder quelques mois plus tôt. C'est d'ailleurs la dernière fois qu'il entre dans la défroque d'un véritable artiste martial, en reprenant le rôle qui l'avait rendu célèbre, 15 ans auparavant. Ce film aligne les morceaux de bravoures, et dans la veine des "Il était une fois en Chine" de Tsui Hark, valorise un des plus importants héros de l'histoire du cinéma de H.K : Wong Fei-hung.

© Metropolitan FilmExport

En 1998, il tourne une production encore en ballade à travers le monde : "Who Am I?", non distribué à l'heure actuelle en France. Et puis l'année d'après c'est le troisième tournant, la réussite de sa carrière aux U.S.A, avec cette fois des films tournés là-bas et dans un style se rapprochant plus du sien. Le premier à sortir est "Rush Hour". Ce film, aux allures d'"Arme fatale" avec la complicité progressive de deux flics qui n'ont rien en commun, lui permet de se servir de son potentiel, le diminuant en vitesse et en dangerosité pour des raisons d'assurance. Mais cette expérience reste pour lui une satisfaction, et il s'engage dans d'autres projets tout en ne négligeant pas son public asiatique.

Car il faut bien comprendre que, les goûts n'étant pas tout à fait les mêmes entre les deux côtés du Pacifique, les films tournés d'un côté n'ont que peu de succès de l'autre. C'est ainsi qu'un "Rush Hour" explose le box-office américain, mais ne réussit qu'une honorable carrière en Asie. C'est pourquoi il tourne aussi en 1999, "Gorgeous", comédie d'action de très faible niveau où l'humour le plus lourd n'est compensé que par la présence de Shu Qi, sublime nouvelle actrice, égérie du cinéma de H.K. En 2000, il se lance dans un de ses vieux rêves, tourner dans un western, tout en gardant à l'esprit son origine.

De cette idée naîtra "Shanghai Kid", qui réitère la nécessité du duo pour la viabilité commercial de cette entreprise. En 2001, il tourne la suite de "Rush Hour" qui remportera un plus grand succès que le premier épisode et puis dans la foulée il enchaîne avec "Accidental Spy" ("Espion amateur") destiné au marché asiatique. En 2002, il retrouve le chemin de l'Ouest avec "Shanghai Kid 2" et un film américain, où pour la première fois, il tient à lui seul la vedette : "Le Smoking". Cette fois le film se plante, car notre héros semble fatigué et tout reste en deçà de ses possibilités.

Alors que tous sortent aux U.S.A, il enchaîne avec encore deux productions : "Le Médaillon", dont la sortie serait imminente, et une nouvelle version du "Tour du monde en 80 jours" prévue sur les écrans pour le début de l'année prochaine. Alors courez voir au moins "Espion amateur", meilleure production, de cet artiste méconnu, depuis bien des années !! Sinon en vidéoclub vous pouvez vous procurer les titres suivants : "Opération Condor", "Police Story" 1 et 3, "Le Maître chinois", "Drunken Master 2", "Crime Story", "Thunderbolt".

Guillaume Bannier Envoyer un message au rédacteur

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