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ZERO DARK THIRTY

Un film de Kathryn Bigelow

CONTRE: NIVEAU 0 - Revanche personnelle

Au Pakistan, en 2003, la CIA détient Ammar, un terroriste notoire qui est soupçonné d’avoir des liens avec Al-Qaida. Maya, un agent de la CIA venant d’être recrutée par Washington, débarque sur le camp où quelques interrogatoires musclés se déroulent… Ainsi commence l’histoire de la traque du plus célèbre des ennemis N°1 des États Unis, Oussama Ben Laden...

Il existe des faits réels qui valent la peine d’être adaptés au cinéma et d’autres sur lesquels il est inutile de s’attarder, tant les éléments et les ressorts de l’Histoire sont minces et peu excitants. Difficile de comprendre comment les scénaristes de « Zero dark thirty » ont pu se dire que le récit des recherches procédurières de la CIA, de ses « techniques d’interrogatoires poussées » comme les qualifie Bigelow elle-même, aurait pu donner une histoire haletante ou même intéressante.

« Zero dark thirty » est l’anti-« Argo», tant sur la forme que sur le fond, non pas que la mise en scène de Kathryn Bigelow fasse pâle figure face à celle de Ben Affleck, loin de là. La cinéaste est bien plus subtile, sait cadrer et faire monter la pression sans utiliser les artifices du réalisateur de «The Town ». Il n’y a qu’à regarder la séquence de l’arrivée de la voiture au sein du camp militaire US en Afghanistan pour s’en convaincre, on reconnaît aussitôt la patte de la réalisatrice de « Démineurs ». Seulement, l’absence de péripétie, de retournements de situation, de moments introspectifs qui permettraient peut-être de procurer un minimum d’empathie envers des personnages trop souvent réduits à leurs simples fonctions, plombent finalement un film extrêmement long, se contentant simplement de reconstituer les principaux points d’avancée de l’enquête.

En deux heures trente de film, après un enchaînement de séquences de tortures durant près de 45 minutes, l’éventail des attentats commandités par Ben Laden nous est rappelé : Londres, Madrid, Islamabad… La CIA suit la piste de l’homme chargé du courrier du chef d’Al Qaïda, essuie des revers, se fait réprimander par sa hiérarchie en l’absence de résultats et finalement toute l’exposition de cette traque reste trop succincte et distanciée pour véritablement emporter l’audience dans cette chasse à l’homme bureaucratique. De nombreux intervenants défilent, malheureusement sans épaisseur, hormis peut-être le directeur de la CIA lui-même, interprété par James Gandofini, ou encore Dan, le bourreau joué par Jason Clarke.

L’unique fil conducteur des huit années d’enquête reste finalement Maya, personnage imaginé par Bigelow et ses scénaristes pour personnifier le petit groupe de personnes qui ont dédié plus de dix ans de leurs vies à traquer l’homme le plus dangereux de la planète. Sorte de Carrie Mathison sortie de la série « Homeland », en plus crédible et la bipolarité en moins, Maya poursuit son objectif de façon obsessionnelle afin de mener sa vengeance personnelle envers le tyran responsable de la mort de ses collègues. Interprété par l’immense Jessica Chastain qui prouve de film en film qu’elle est promise à une belle carrière, le personnage de Maya reste hermétique à toute empathie. Kathryn Bigelow ferme les portes de la vie privé de sa protagoniste, hormis lors d’une bribe de conversation dans un restaurant d’Islamabad, pour les rouvrir lors d’un plan final mal venu. Comme si l’alchimie entre ce personnage froid et terne et l’audience avait fonctionné…

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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