Parce qu'on en a jamais assez !

LE VOYAGE AU GROENLAND

Zinzins chez les Inuits

Thomas et Thomas sont deux trentenaires parisiens qui enchaînent les galères du quotidien. Un jour, ils décident de partir au Groenland pour y retrouver le père de l’un d’eux ainsi que deux Inuits qu’ils avaient auparavant accueillis chez eux à Paris. Ce voyage sera l’occasion de mettre leur amitié à l’épreuve et de faire le point sur leurs existences respectives…

On avait quitté les deux Thomas (Blanchard et Scimeca) ainsi que le réalisateur Sébastien Betbeder sur un double programme très savoureux, constitué de l’amusant " Inupiluk" et de la mise en abyme "Le film que nous tournerons au Groenland" (sorte de making-of du film dont il est aujourd’hui question). Sans surprise, on y retrouve le même désir de Betbeder de laisser carte blanche à ses deux comédiens, à la fois lunaires et perchés, qui continuent de paraître aussi complémentaires à force de feindre (ou pas ?) le décentrage permanent. Les voir catapultés dans un coin perdu du Groenland, au beau milieu des chasses aux phoques et des traditions culinaires locales (manger du foie de phoque cru, ça vous tente ?), donne ici naissance à un comique de situation des plus élémentaires, mais avec une simplicité du cadre et du trait narratif qui évoque à plus d’une reprise un découpage de bande dessinée, qui englobe tout et ne laisse rien dépasser. Une vision assez précise de ce que l’on appelle souvent la « ligne claire ».

Mine de rien, en donnant l’impression de ne rien raconter de précis et en essayant de profiter autant que possible de ce cadre naturel, le film de Betbeder enregistre de nombreuses possibilités narratives. Paradis écolo, contraste entre l’oppression urbaine et la zénitude polaire, isolation des petits riens qui fragilisent une amitié, choc des cultures qui transcende la barrière du langage par l’attention portée aux regards, rapport au père menacé par le destin… "Le voyage au Groenland" tisse ainsi une drôle d’aventure, à la fois simple et multiple, en tout cas riche d’une tonalité douce-amère qui fonctionne si bien tant elle ne semble jamais forcée ni fabriquée. C’est un voyage gorgé de mélancolie, dans lequel on embarque, et dont on ressort avec ce que l’on souhaite, riche de l’expérience vécue par ce tandem de zinzins desquels on se sent finalement si proche.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire