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UNE NOUVELLE CHANCE

À côté de la plaque

Gus Lobel, recruteur de joueurs de baseball vieillissant, est sur la sellette. A trois mois de la fin de son contrat, qui le contraindra peut-être à prendre une retraite forcée, il part en Caroline du Sud observer un jeune joueur prometteur et convoité par de nombreuses équipes professionnelles. Préoccupé par son sort et inquiet pour sa santé, son collègue et ami de longue date convainc la fille de Lobel, Mickey, de l’accompagner. L’occasion pour elle de se rapprocher de son père et, qui sait, de laisser s’exprimer la passion du baseball qu’elle tient de lui…

Les films consacrés au baseball constituent presque un genre cinématographique à part entière. Les années 1980 et 1990 ont notamment vu sortir quelques pépites, parmi lesquelles « Le Meilleur » de Barry Levinson, « Jusqu’au bout du rêve » de Phil Alden Robinson ou encore « Une Equipe hors du commun » de Penny Marshall. Le genre est ensuite passé de mode, avant de connaître l’an dernier un soubresaut avec « Le Stratège » de Bennett Miller, qui y introduisait un biais inhabituel (l’histoire d’un recruteur qui décide de fonder ses choix non pas sur le talent des joueurs, mais sur une approche purement statistique). On s’étonne donc de voir débouler sur les écrans un film comme « Une Nouvelle chance », d’un classicisme hallucinant, limite anachronique.

Car s’il est question là aussi d’un recruteur marginal, qui n’hésite pas à imposer ses choix envers et contre tous, la comparaison entre le personnage de Clint Eastwood et celui de Brad Pitt s’arrête là. Lobel est un vieux de la vieille, totalement réfractaire aux techniques de son temps (fondées sur les statistiques notamment), qui ne croit qu’en l’expérience et ne se fie qu’à ce qu’il voit. Un homme de terrain, un homme bien quoi ! Aux côtés de ce héros lourdingue, d’autres personnages aussi stéréotypés, tout droit sortis des années 1990 : la fille avocate surbookée que le contact du baseball et des vrais gens va ré-humaniser, les patrons misogynes qui n’hésitent pas à la remplacer, le recruteur odieux et très sûr de lui, le beau gosse ancien joueur à la carrière brisée… Le scénario, prévisible comme il se doit, tombe dans tous les écueils possibles et imaginables, ne laissant aucune chance au spectateur de s’intéresser à ce qu’il voit.

Une pensée toutefois nous obsède : mais pourquoi Robert Lorenz, producteur et assistant de Clint Eastwood depuis de nombreuses années, s’est-t-il lancé dans un tel projet ? Pour le plaisir de filmer son mentor dans un rôle de papy bougon et intègre ? Il apparaît comme une pâle copie de son personnage de « Gran Torino », la profondeur en moins. Pour rendre hommage au baseball ? Le sport est à peine montré, faisant davantage office d'arrière-plan. Pour montrer le visage d’une Amérique cruelle avec les anciens et injuste avec les femmes ? Les lignes sont trop grosses pour que l’on puisse lire entre elles la moindre réflexion sociale. Quoi donc ? Mystère. A se demander ce qui a pu motiver des acteurs aussi talentueux qu’Amy Adams, Justin Timberlake et John Goodman, auteurs ici d’une prestation honorable, à s’embarquer dans un tel navet.

Sylvia GrandgirardEnvoyer un message au rédacteur

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