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UNE INTIME CONVICTION

Un procès contre les convictions

Nora a assisté au procès de Jacques Viguier, accusé du meurtre de sa femme, et elle est depuis persuadée de son innocence. Elle fait appel à un ténor du barreau, Maître Eric Dupont-Moretti, pour prendre la défense de Viguier lors de son second procès en appel. Commence alors un combat contre l’injustice…

Une intime conviction film image

Antoine Raimbault a décidé pour son premier long métrage de retranscrire l’affaire Viguier qui avait fait beaucoup de bruit aux débuts des années 2000. Il faut dire que le bougre était plutôt bien placé puisqu’il a, de son propre aveu suivi l’affaire de très près à l’époque, au point de connaître personnellement une bonne partie des protagonistes. Ayant pu ainsi, lors de la production de son film, avoir accès aux archives des procès pour garder une très grande fidélité, la plupart des dialogues sont tirés tel quel de ces archives.

Ceci dit, Il n’oublie pas qu’il réalise ici une fiction et non un documentaire (il en avait d’ailleurs fait un qui n’a jamais été distribué en salles sur cette même affaire), ce qui est tout à son honneur. En effet, en introduisant le personnage de Nora interprétée par Marina Foïs, il permet de ne pas perdre le spectateur qui va découvrir les rouages de la cours d’appel à travers les yeux de celle-ci. Et cela donne un récit très bien pensé, reprenant la structure typique des biopics en somme, à savoir l’ascension d’une personne dans son domaine avant un « crash » lorsque celle-ci se trouve au plus haut qui va lui apprendre une leçon essentielle pour mieux repartir. Cette structure est d’ailleurs d’autant plus intéressante ici, au vu de la thématique principale.

En effet, plus qu’un simple film de procès comme on n’en compte plus de l’autre côté de l’Atlantique, Antoine Raimbault livre avant tout un vrai plaidoyer en faveur de la présomption d’innocence à travers, encore une fois, le personnage de Marina Foïs avec lequel l’identification du spectateur se fait automatiquement.

Concernant la mise en scène de cette affaire, pas de grandes fulgurances mais une réalisation efficace, avec un rythme parfaitement bien mené grâce à un montage précis qui sert le jeu des acteurs. Car s’il y a bien un point dans le film qui est brillant, c’est leur interprétation, au point qu’on pourrait presque dire que l’histoire ne passe que par eux.

Tous sont excellents ! Olivier Gourmet arrive à faire oublier le vrai Eric Dupont-Moretti tout en l’incarnant à la perfection (pour anecdote Antoine Raimbault a par le passé dirigé Me. Eric Dupont-Moretti dans un court métrage). Marina Foïs est juste magistrale dans le rôle de cette femme chez qui la conviction prend petit à petit le dessus, et tous les personnages secondaires sont parfaitement interprétés par les acteurs sans exception (mention spécial à Laurent Lucas qui joue Jacques Viguier).

Mais au final, ce qu’on retiendra le plus dans "Une intime conviction", c’est avant tout l’avertissement qu’il donne au spectateur concernant les dérives des convictions personnelles et/ou policières et sur la notion même de présomption d’innocence. En dehors du problème d’ordre médiatique évidemment abordé, c’est à travers le personnage de Nora que cette thématique est la plus intéressante. En effet, on la voit elle-même glisser progressivement d’une personne se battant pour prouver l’innocence de Jacques Viguier à une personne convaincue de la culpabilité d’Olivier Durandet alors que c’est l’essence même de ce qu’elle combattait au premier abord. Un message très important à l’heure de la quasi toute puissance des réseaux sociaux en terme d’information et de désinformation, message malheureusement mal compris par Olivier Durandet lui-même qui a porté plainte pour atteinte à la présomption d’innocence, alors que c’est exactement ce que le film défend frontalement. Au final, un bon film judiciaire plaisant à suivre et au message important.

Ray LamajEnvoyer un message au rédacteur

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COMMENTAIRES

Ana

mercredi 27 mars - 12h13

Film génial

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