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UNE AFFAIRE PRIVEE

Les visages de la vie privée

Sur demande de la mère d'une jeune fille disparue depuis plus de 6 mois, François (Lhermitte), enquêteur privé, accepte de reprendre l'investigation. Mais généralement 'disparu veut dire mort' !?…

Guillaume Nicloux, dont on reconnaît le goût pour les dialogues crus (voir 'Le poulpe'), nous immerge avec son personnage principal, dans l'univers secret d'une jeune femme disparue. Peut-être morte, peut-être enlevée, exilée, il nous guide vers les dessous d'une vie étudiante et familiale propre et sage, persuadant le spectateur d'y trouver quelques secrets immondes et tordus qui font les grandes révélations des films de ce genre.

Et c'est là l'habileté du film : teinter les pistes d'un mystère glauque, pour mieux mener en bateau, jouer sur les coïncidences et sur l'interrelation des vies privées : celle de la fille, et celle de François, qui peu à peu s'entremêle, jusqu'à un point qu'on découvrira à la fin.

L'usage de la voix conversations sur magnétophone, ressassant sans fin les entretiens entre le détective et ses interlocuteurs, donne au film une étrange consonance intimiste et permet au spectateur de se repérer dans ce dédale de flash-back, d'allers et retours, offrant des transitions des plus réussies. Les indices s'amoncellent au travers de ces multiples portraits que le montage complexe du film, rend moins successifs en les entrelaçant, comme la 'vie' du détective et la 'mort' de la fille.

Mais l'atout essentiel de ce polar habile est sa distribution, formidable de bout en bout et usant du contre emploi comme jamais. Lhermitte surprend, en enquêteur désabusé, un rien cynique, sur lequel les rencontres et leurs faux-semblants paraissent n'avoir aucune prise, aucun impact. Il est à milles lieux de ses comédies à succès, et s'avère touchant et rude.

Marion Cotillard confirme tout le bien qu'on pensait d'elle depuis 'Les Jolies choses', offrant timidité manipulatrice et sensualité. Quand aux second rôles, ils sont tellement nombreux, qu'on ne pourra les citer tous. Hormis Frédéric Diefenthal en travesti, on trouve surtout Jeanne Balibar en ex-femme faussement distante et Samuel LeBihan, en frère jumeau teigneux et fourbe. Un film tout simplement passionnant.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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