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TRUANDS

Un film pris à son propre piège

A Paris, Claude Corti baigne dans le grand banditisme. Plus qu’un truand, il est la tête pensante d’un gang qui sévit dans la capitale : proxénétisme, trafic de stupéfiants, faux billets, braquages, son nom est associé à presque toutes les sales affaires. Le pouvoir est son unique finalité. Franck, 30 ans, est un proche de Corti mais, indépendant, il refuse d’intégrer son équipe et préfère travailler pour lui sur des contrats juteux. L’argent est sa seule motivation...

Frédéric Schoendoerffer a son univers. En trois film, « Scènes de Crime » (avec Charles Berling et André Dussolier), « Agents secrets » (avec Vincent Cassel et Monica Bellucci) et ce « Truands », Schoendoerffer nous fait pénétrer dans les arcanes des justiciers et des criminels, de ceux qui font respecter la loi et de ceux qui la bafouent. Mais Schoendoerffer n’a pas de style propre, il sait se mettre en danger pour un film auquel il croit. Il est prêt à imprégner son œuvre du climat du milieu qu’il traite jusqu’à l’en étouffer. C’est ce qu’il fait avec son « Truands », film noir sur un milieu noir, film dur sur des durs et film violent sur un milieu où la violence est reine. On ne pourrait que s’en réjouir mais voilà trop c’est parfois trop…

Pourtant le film commence sous la forme d’un documentaire efficace en nous plongeant au plus près de la voyoucratie. On craint d’être assailli de clichés mais Schoendoerffer nous assure que tout est vraiment ainsi : le milieu est superficiel, tout n’est que flambe, voitures de luxe, liasses de billets et poulettes sur canapés, le milieu est dur, la barbarie est le fruit du business et des trafics en tout genre (drogue, filles, cartes grises, micro-informatique…). Le réalisateur filme des scènes d’action d’une redoutable efficacité comme en témoigne la première fusillade sur le parking d’un supermarché en périphérie de Paris.

Mais cette vision documentaire se révèle au final éprouvante et gênante. C’est d’ailleurs tout le paradoxe de ce film qui arrive à montrer le vrai visage de la voyoucratie parisienne, un monde sans saveur ni relief, un milieu à vomir où il n’y a ni loi, ni foi, ni respect et où la trahison est le maître mot des relations entre les hommes et où les femmes n’existent pas. Les scènes de tueries, très dures, et les scènes de sexe, dégoûtantes et animales, font que le spectateur a soudain l’envie irrépressible de fuir et de ne plus s’intéresser à la laideur de ce milieu et par parallélisme de ce film...

« Truands », en outre, n’est pas valorisé par les prestations artistiques de ses principaux comédiens. Philippe Caubère dans le rôle de Corti, le chef de gang, en fait des tonnes et semble avoir oublié qu’il n’est plus au théâtre. Et Benoît Magimel est beaucoup trop en retenue pour son rôle de Franck, le jeune loup solitaire, sous-exploité et vide de personnalité. Pourtant son duo avec Olivier Marchal, qui joue l’associé, fonctionne fort bien. Ce dernier use de tout son talent, vrai et nature, pour forger un personnage dur mais diablement sympathique. Medhi Nebbou et Tomer Sisley conjuguent charme et conviction tandis que la seule vraie actrice, Béatrice Dalle, est comme toujours excellente de vérité et arrive à imposer dans ce dédale de brutalité quelques grammes appréciables de finesse et de douceur.

Le film, interdit aux moins de 16 ans, parvient parfaitement à son but : ne pas faire l’apologie du banditisme et écoeurer le spectateur de ce milieu ! On se doutait toutefois que c’était loin d’être le monde merveilleux des Bisounours, fallait-il pour autant frapper si fort ?

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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