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TRAVERSER

Un film de Joël Akafou

La vie entre le départ et l'arrivée

Bourgeois, ou Inza Junior Touré, est un ivoirien qui est arrivé en Europe. Il est en Italie et il rêve d’aller en France pour retrouver sa copine. Bloqué entre l’attente et l’envie d’avancer, il ère…

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"Traverser" raconte l'histoire de Bourgeois, un jeune ivoirien qui a fui son pays et qui tente de rejoindre la France. Il ne s'agit pas d'une trajectoire tragique ou dramatique, ni même d'une aventure, ou quoi que ce soit de ce genre. La caméra de Joël Akafou évite par tous les moyens le pathos ou la mise en scène pour essayer de saisir, dans leur vérité et leur quotidienneté, les dilemmes que rencontrent ces jeunes hommes exilés pour des raisons économiques ou politiques. Ils sont rejetés de toutes parts. En Europe, ils font face a une xénophobie latente, lorsqu'ils ne sont pas paralysés par l'administration étatique ou victimes de la pitié des gens qui, en les aidant, les maintiennent dans leur précarité au lieu de les intégrer. Chez eux, ils de plus sont souvent considérés comme des lâches car ils sont partis.

Le documentaire s'attarde de manière surprenante sur les éléments de la vie quotidienne moderne et sur la manière qu'ils ont d'ancrer ces hommes hors sol, dans un lieu et une époque. En effet, ils ont des smartphones, outils essentiels pour être en contact avec la famille restée au pays. Mais comment les payent-ils ? Comment maintenir la communication dans ce monde où celui qui est isolé meurt ? Comment appréhender les modes de consommation d'un pays et d'une culture dont ils ne peuvent pas avoir les codes, car ils sont nomades dans un monde sédentaire.

Une très grande partie de ce long-métrage se construit aussi autour du rapport aux femmes qu'ont certains de ces hommes ; ces femmes qui les accueillent, qui leur offrent un domicile, une maison, un avenir, mais qui ne sont que des étapes sur leur route. Elles leur offrent un semblant de quotidien, une possibilité d'avenir et de famille, alors qu'ils sont dans un pur présent et qu'ils ne parviennent pas à construire quoi que ce soit, rongés qu'ils sont par l'espoir d'un ailleurs et hantés par le fantôme d'un retour.

Humain trop humain, ce film sans ligne claire, sans objectif précis, ère à l’image de son personnage, sans jamais chercher à faire sens ou à poser un regard surplombant sur ces actions. Il montre néanmoins la diversité des profils et des comportements qui existent au sein de ces hommes immigrés. En allant à leur rencontre, en se mettant à leur hauteur et en filmant leurs interactions, la caméra de Joël Akafou cherche à faire tomber des stéréotypes et montrer la diversité et la complexité de leurs vies. Joël Akafou a d’ailleurs choisi volontairement un personnage anti-dramatique. Il n'est ni un héros, ni un antihéros. Il n'est ni détestable, ni aimable. Il est juste un homme, qui fait des erreurs, mais dont le spectateur ne peut se détourner, car il est irréductible, et son immobilité signifie sa mort.

Thomas ChapelleEnvoyer un message au rédacteur

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