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THE PAINTED BIRD

Un film de Václav Marhoul

Va et regarde

Après la mort de sa mère, un jeune garçon brûle accidentellement sa maison et se retrouve condamné à errer afin de trouver un foyer pour l’accueillir. Chacune des maisons dans lesquelles il séjournera sera le théâtre de violences particulières, tandis que progressivement se rapprocheront les dangers de la Seconde Guerre Mondiale, qui fait rage non loin de là…

The painted bird film image

En 1985, le cinéaste russe Elem Klimov réalisait l’un des films les plus traumatisants de l’histoire du cinéma, "Requiem pour un massacre", qui racontait la seconde guerre mondiale du point de vue des populations des pays d’Europe de l’est, envahis par les Einsatzgruppen. Klimov s’est inspiré de l’œuvre de l’écrivain biélorusse Ales Adamovitch pour construire son récit. Ce dernier a vécu la guerre dans sa jeunesse et en a évoqué la violence dans des livres tels que « Récit de Khatyn » et « Je suis d’un village en feu ». Le réalisateur a lui-même été témoin, enfant, de plusieurs évènements comme des bombardements. C’est le fruit de ces deux expériences qui a donné naissance à un film qui se place du point de vue de deux enfants, un garçon et une fille, qui subiront l’extrême dureté des exactions commises dans les pays de l’est et en souffriront le traumatisme.

"The Painted bird" peut pratiquement être considéré comme une suite tardive de "Requiem pour un massacre" tant il offre de similitudes thématiques : le contexte est le même, tout comme le point de vue. On découvre même, au milieu du film, que le réalisateur a clairement assumé ce patronage en établissant un lien direct avec lui via l’apparition inattendue d'Aleksey Kravchenko, l’interprète du film de Klimov, maintenant devenu adulte. Cela donne lieu à une rencontre avec le jeune Petr Kotlar, qui ressemble à un adoubement. Václav Marhoul se base lui aussi sur l’adaptation d’une œuvre autobiographique, "L’oiseau bariolé" de Jerzy Kosinski. Un auteur beaucoup plus controversé puisqu’il fut accusé, tout au long de sa carrière, d’avoir fait du plagiat et d’avoir menti sur de nombreux éléments de son histoire personnelle.

Le film se distingue pourtant par de nombreux aspects. "Painted bird" se divise en deux parties et c’est seulement à partir de la seconde, que s’impose le contexte de la Seconde Guerre Mondiale pour occuper le récit. En effet la première partie de l’histoire, qui est la plus réussie, est une version sadisée à l’extrême d’ "Oliver Twist". On y suit les mésaventures d’un jeune garçon abandonné dans la campagne, qui passe de maison en maison, victime et témoin d’une suite de mauvais traitements à la violence inouïe. La question de l’invasion allemande apparaît alors dans un contexte de violence préexistant et à travers des situations déjà vues au cinéma : l’évasion d’un train de déporté, l’attaque d’un village mis à sac… Contrairement à "Requiem pour un massacre", la Seconde Guerre Mondiale n’est donc qu’une toile de fond et non pas le moteur de la narration, au point qu’elle apparaît presque comme le simple prétexte à des péripéties supplémentaires. Ici la violence n’est pas psychologique, comme dans le film de Klimov, mais beaucoup plus explicite. Fureur physique, sévices sexuels, tortures, lynchages… on assiste à une surenchère sidérante de brutalité que peu de films d’horreur auraient osé mettre en scène. Au point que l’œuvre a énormément choqué les spectateurs lors de sa première projection à la Mostra de Venise, qui a vu le tiers des spectateurs fuir la salle au cours de la projection.

S’il y a effectivement surenchère, celle-ci n’est pourtant pas condamnable en tant que telle, à partir du moment où elle sert le récit. Ce qui est le cas ici, car il s’agit précisément d’une réflexion sur la violence, son accumulation n’est donc pas gratuite. "Painted bird" est destiné à diviser et à faire scandale, raison pour laquelle il restera dans l’histoire du cinéma aux côtés des plus grands films controversés comme "Orange Mécanique", "Salo ou les 120 journées de Sodome" ou "Cannibal Holocaust".

David ChappatEnvoyer un message au rédacteur

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COMMENTAIRES

christian vasseur

dimanche 24 octobre - 9h32

Bonjour, en fait ce n'est pas "la mort de sa mère" : "L’enfant est recueilli au début de son exil forcé par une vieille femme nommée Marta qui joue le rôle de mère de substitution. Une nouvelle cellule vient se substituer à la cellule familiale dissoute au cours du prologue du roman et se réduit maintenant à sa plus simple expression : la mère protectrice de substitution et l’enfant, avec ce nom de Marta qui résonne comme un compromis entre le mot latin désignant la mère, mater, et son équivalent slave, matka. " (The Painted Bird de J. Kosinski : du franchissement des espaces à l'affranchissement des limites, Christian Vasseur 2013).

Il faudrait également souligner l'importance de la trame picaresque, que le film met bien en avant : "Alors que la galerie de personnages que le picaro rencontre est habituellement traitée de manière satirique dans le mode picaresque, Kosinski, comme l’avait d’ailleurs déjà fait Mateo Alemán dans le fondement du genre, utilise la rencontre du narrateur avec ses différents maîtres pour porter un regard sur les aspects les plus sombres de la condition humaine (...) Cet aspect, qui a été reproché à Kosinski par certains commentateurs, contribue au projet d’écriture visant à réveiller la conscience du lecteur en multipliant les scènes de violence pour le « sensibiliser au cauchemar du monde » Bien cordialement

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