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THE LAUNDROMAT

Le cinéma comme exposé de la finance

A partir de l’enquête d’une veuve pour récupérer l’assurance vie de son mari, auprès d’un multi-millionnaire africain en passant par la lutte anti-corruption chinoise, nous plonge aux cœur des secrets du scandale des « Panama Papers »…

The Laundromat film image

Netflix poursuit sa politique d’alliance avec des réalisateurs de renom en laissant Steven Soderbergh (la trilogie "Ocean", "Contagion", "Erin Brockovich, seule contre tous") s’attaquer aux fameux « Panama papers », un ensemble de 11,5 millions de documents confidentiels qui avaient fuité en 2016, provoquant un véritable scandale.

Soderbergh et Scott Z. Burns (le scénariste) décident donc, en adaptant le livre de Jake Bernstein, de ne pas faire un film chronologique sur ce qu’il s’est passé, contrairement à "The Post" de Spielberg par exemple, mais plutôt de traiter le tout comme un immense exposé en usant de toutes les subtilités possibles du cinéma. Et grand bien leur en fasse, car le résultat est une belle réussite, même si certains points noirs subsistent.

On va donc avoir droit, à défaut d’une réelle histoire linéaire, à une succession de scénettes multi-centrées, suivant plusieurs personnages venant de différents milieux, qui ont tous un lien, proche ou lointain, avec Mossack Fonseca, le cabinet d’avocats panaméen qui montait des compagnies off-shore et écrans à tout va, le tout entrecoupé de moments d’explication de la part des deux associés, s’adressant directement au spectateur.

C’est là probablement le point le plus fort et à la fois le plus faible du scénario, si dans l’ensemble, les différentes séquences sont très bien écrites, toutes ne présentent pas la même pertinence lorsqu’on les englobe dans l’histoire d’ensemble. C’est notamment le cas de celle relatant les affaires de familles d’un riche père de famille africain, qui, si elle est drôle à souhait, paraît bien longue dans son développement au regard du message final qu’elle délivre, ou encore de toutes celles sur la Chine, qui auraient largement pu être évincées du montage final.

Concernant les moments explicatifs, on retrouve une écriture et une mise en scène rappelant fortement "The Big short" d’Adam McKay, avec des personnages s’adressant directement aux spectateurs et brisant ainsi le quatrième mur. Et tout comme on pouvait le reprocher à "The big short", les explications sont volontairement alambiquées pour rajouter une impression de complexité là où il n’y en a pas forcément.

En revanche, là où "The laundromat" dépasse "The big short" dans sa mise en scène, car celle-ci bien qu’efficace, était assez gratuite. Ici, Soderbergh utilise des procédés similaires mais de manière autrement plus subtile et intéressante, notamment en créant un parallèle entre l’artificialité du cinéma, plusieurs trucages sont frontalement montrés au spectateur, et l’artificialité des différents montages financiers opérés par les deux compères. Une idée absolument éblouissante.

Enfin, le jeu des acteurs, bien que certains cabotinent légèrement par moments, ne tombe jamais dans la caricature désuète, et est très agréable à suivre. Au final, "The Laundromat", bien qu’il possède de certains problèmes liés à sa forme propre, n’en reste pas moins un bon objet filmique, fortement intéressant.

Ray LamajEnvoyer un message au rédacteur

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