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SUPRÊMES

Un film de Audrey Estrougo

Un biopic classique, un comble pour rendre hommage à un tel groupe

Didier et Bruno sont deux potes d’une cité du 93. Alors qu’ils passaient la plupart de leur temps à graffer dans les rues, ils décident de se lancer dans le rap. Ils n’imaginaient alors pas leur succès à venir. Le suprême NTM venait de naître…

Suprêmes film movie

Nous sommes à la fin des années 80. Mitterrand est toujours au pouvoir. L’extrême droite fait une montée impressionnante dans les intentions de vote. Suite à plusieurs bavures policières, les banlieues s’embrasent, la jeunesse s’exaspère du racisme systémique. Didier Morville et Bruno Lopès n’avaient alors pas le profil pour devenir les fers de lance de cette génération révoltée. Les deux accumulent les petits plans pour se faire un peu de thunes, passant surtout du temps à zoner en bas des blocs et graffer tous les murs qu’ils croisent. Mais lorsqu’en 1990, ils prennent le micro pour crier leur rage, c’est tout un pan du pays qui va se reconnaître dans ces paroles écrites avec le sang des coups reçus par des flics trop zélés. Le suprême NTM vient de naître, et avec lui, la culture rap prend son envol.

Dans ce contexte politique tendu, on aurait aimé avoir un biopic rendant grâce à cette France qui se soulève, à ces jeunes rappeurs étendards d’un mouvement dépassant le cadre de la musique. Malheureusement, nous devrons nous contenter d’une reconstitution terriblement plate et consensuelle, le film se contentant de raconter chronologiquement les différentes étapes ayant mené au succès du groupe. Des concerts au Globo jusqu’à leur premier Zénith, en passant par leurs représentations devant des punks éberlués à une époque où le rock alternatif représentait encore la voix des laissés-pour-compte, "Suprêmes" ne dépasse jamais son statut de film autobiographique attendu.

De cette tournée des MJC de cité, Audrey Estrougo ("La Taularde") a choisi d’en capturer l’hostilité des foules et les disputes internes à la bande. Le résultat est à la hauteur de cette ambition limitée, une vulgaire tranche de vie de jeunes qui aiment beaucoup hurler. À l’image d’un "NWA : Straight Outta Compton", Il y avait pourtant matière à bien plus, à une chronique mêlant l’intime à la plus grande histoire, à une véritable plongée au cœur d’un crew dont la plume acérée a inspiré tant de futurs artistes. Au cœur de cette banalité scénaristique et formelle, survole le duo de comédiens principaux, réussissant le périlleux exercice à incarner les icônes du rap sans jamais sombrer dans le mimétisme. Si les deux acteurs sont promis à une belle carrière, le métrage lui ne devrait pas rester dans la mémoire des cinéphiles, et encore moins dans celle des fans des interprètes de « Ma Benz ».

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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