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STRONGER

De belles intentions atténuées par un caractère oscarisable ostensible

Alors qu’il est venu au marathon de Boston soutenir sa copine dans l’espoir de la reconquérir, Jeff est victime d’un attentat à la bombe. Perdant ses deux jambes dans l’explosion, il va se lancer dans le plus grand de ses combats : celui d’être à nouveau debout…

Figure de proue du cinéma indé gorgé par le soleil ocre du Sud des États-Unis, David Gordon Green est un cinéaste insaisissable, multipliant les genres avec une logique qui lui est propre (sa filmographie compte en vrac des comédies potaches comme "Délire Express", des séries B avec notamment "Baby-Sitter malgré lui" et des pépites qui ont fait sa renommée, "George Washington" en tête). Il lui manquait toutefois une œuvre calibrée pour les Oscars, une de celles où la mise en scène ampoulée n’a de but que de séduire l’académie des votants, et où la musique emphatique abuse des violons pour souligner la grande performance d’un comédien. C’est désormais chose faite avec "Stronger", mais c’est peut-être parce que ces intentions sont trop évidentes que le film a été boudé par l’édition 2018.

Décidant de s’intéresser, lui aussi, au terrible attentant survenu le 15 avril 2013 à Boston, seulement quelques mois après le musclé "Traque à Boston" de Peter Berg, l’ancien protégé de Terrence Malick a opté pour un parti-pris radicalement différent de son confrère. Si le premier était avant tout une chasse à l’homme bouillonnante, certaines victimes apparaissant en filigrane, "Stronger" sera le portrait d’un de ces héros ordinaires, un homme meurtri dont le combat au quotidien sera désormais de survivre, aussi bien psychologiquement que physiquement. Cet individu, c’est Jeff Bauman, un passant venu soutenir son ancienne conjointe sur la ligne d’arrivée du marathon. Situé à quelques mètres du lieu de l’explosion, la déflagration ne lui laissa aucune chance. La caméra va alors suivre le parcours de ce rescapé dans sa rééducation pour essayer de marcher à nouveau à l’aide de prothèses.

Si les intentions sont évidemment louables et la prestation de Jake Gyllenhaal, comme à son accoutumée, excellente, ce biopic mielleux ne parvient jamais à transcender son postulat de départ. Trop boursouflé dans son cadre académique, le métrage ne trouve pas son rythme, alternant les morceaux de bravoure sans en pénétrer la moelle. Terriblement superficiel, ce drame pompeux se complaît dans ses velléités, la tentative d’hommage devant faire oublier toutes les errances cinématographiques d’une œuvre qui ne capture ni l’intime de ce corps tuméfié, ni les grands enjeux derrière cette trajectoire. Malgré toute la bonne volonté et la performance des comédiens, David Gordon Green ne réussit pas son ode à la gloire des survivants, justement parce qu’il peuple son récit de scènes larmoyantes souvent inutiles qui ne font qu’annihiler le potentiel émotionnel de l’ensemble. Dommage, parce que derrière les questionnements et les tourments du protagoniste, il y avait la place pour un grand film…

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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