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LA SORCIÈRE DANS LES AIRS

Ode à la différence

Une sorcière et son chat prennent leur envol sur un balai magique. Mais la sorcière fait tomber son chapeau et doit atterrir pour le rechercher. C'est alors qu'un chien vient la lui rapporter, et lui demande si sur le balai il n'y aurait pas « une petite place » pour lui...

Le distributeur Les Films du Préau nous propose un programme pour les plus de 4 ans, composé d'un moyen-métrage donnant son titre à ce recueil et de deux courts-métrages en avant-programme, certes de techniques d'animation différentes, mais unis par quelques thématiques telles l'acceptation de la différence et l'entraide. Chose étonnant, le plus surprenant n'est pas le moyen-métrage lui-même, charmant, mais le court initiant le programme, alors que se distingue finalement en transversal aux trois films, une importance du rituel ou de la répétition d’événements (des rencontres, la perte d'objets, ou de simples gestes...).

En avant-programme figure donc un premier court au graphisme classique, crayonné, à la fois simple et coloré. Venu de Suède, "Juste un petit peu" est le fruit du travail de Alicja Björk Jaworski, ayant fait ses classes en Pologne et déjà auteur de la remarquée série des "Laban, le petit fantôme". On y suit un petit cochon en route pour se baigner dans un lac, qui rencontre une série d'animaux ayant chacun honte de leur différence (un hérisson aux rares piquants, un corbeau au bec trop long, un mouton vert, une vache avec toutes ses taches concentrées sur le ventre...). Rassurant, montrant l'intérêt d'être soi-même un peu à part, le film est ponctué de chansons et chœurs portés par d'amusants oiseaux colorés, alors que le cochon réussit à embarquer dans son voyage chacune des bestioles, vers un final malicieux face à un crapaud magicien, qui enfonce le clou sur le message de tolérance.

Le second court-métrage au programme, nettement moins réussi, est basé sur l'animation en pâte à modeler (technique de la claymation), et nous vient de l'auteur de certains épisode de "Munk, Lemmy et compagnie". Intitulé "Un jour merveilleux", ce film letton met en scène une femme qui vit à la campagne avec son chat. Faisant l'acquisition d'un gilet magique, elle s'amuse à en tourner l'unique bouton, pouvant ainsi déplacer les objets, jusqu'à un balai qui s'envole et l’entraîne à l'extérieur... Aventure un peu décousue, venue en aide à une famille de lapin ayant égaré un petit dans la neige, le film marque par sa poésie et ses envolées rythmées par une musique endiablée. On retiendra surtout la gourmandise effrénée du chat et la complicité entre les deux personnages, alors que seuls des rires et quelques bruitages se font entendre.

Venant clore le programme, "La Sorcière dans les airs" est adapté d'un album jeunesse (Room on the Broom) et utilise une animation numérique, qui magnifie les volumes et les couleurs. On y voit une sorcière et son chat, poursuivis par un méchant dragon. Très partageuse, la femme semble à la fois enjouée et imprudente, perdant son chapeau puis d'autres objets, et récupérant au passage des passagers pas si désirables selon son compagnon... Car le chat veille au grain, semblant juger la générosité de sa maîtresse comme excessive. En voix-off le texte est lu par Pierre Richard, et le conte revêt un réjouissant esprit positif, renforcé par une musique signée René Aubry (déjà compositeur du "Gruffalo" et du "Petit Gruffalo", dont les musiques ont récemment été utilisées dans "Pina" de Wim Wenders). Une belle conclusion pour un recueil qui constituera une charmante alternative aux grosses machines animées de ce Noël 2013.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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