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SONGBIRD

Un film de Adam Mason

Un monde crédible pour des personnages qui le sont moins

Le monde vit en confinement depuis bientôt 4 ans et toute personne infectée par le Covid-23 est isolée de force, envoyée dans une zone de quarantaine qui ressemble pour beaucoup de gens à un mouroir. Nico fait partie de ceux qui sont immunisés face au virus. Il parcoure la ville de Los Angeles à vélo, assurant des livraisons comme coursier. Amoureux d’une jeune femme latino, Sara, confinée chez elle avec sa grand-mère, il souhaite pouvoir un jour l’emmener en moto en bord de mer, dans une devoir trouver un autre bracelet d’immunité…

Songbird film movie

La force du film d’anticipation "Songbird", réside moins dans sa romance, assez basique, que dans sa capacité à créer un monde crédible, à nos yeux de personnes soumises depuis début 2020 à des restrictions de liberté à cause d’une pandémie. Que se passerait-il si la létalité du Covid était bien plus importante, qu’il n’existe pas de vaccin, et que les restrictions soient amenées à durer des années, n’offrant de fenêtre de liberté qu’à ceux qui sont immunisés ? Le scénario, co-signé entre Simon Boyes et le réalisateur Adam Mason (auteur de films inédits en salles tels que "Broken" ou "Hangman"), s'attache à décrire les agissements (et les arrangements avec les règles) des deux tourtereaux (le charmeur K.J. Apa vu dans le navrant "J’y crois encore" et Sofia Carson, actrice de la saga Disney "Descendants"), et de cinq autres personnages.

Malheureusement, si l’attitude de base de chacun, servant souvent ses propres intérêts dans un monde forcément individualiste au plus haut point, semble crédible, tous ne disposent pas d’un développement qui les fasse sortir de la caricature. Demi Moore retrouve ainsi un rôle très intéressant, parfaitement convaincante en femme d’affaire influente ayant monté son business de sorties illicites à 300 000 dollars l’escapade. Paul Walter Hauser compose aussi avec justesse un ancien soldat en fauteuil roulant, vivant par procuration grâce au drone qu’il pilote. Alexandra Daddario livre elle aussi une prestation honnête en jeune cyber-prostituée. Mais malheureusement, le personnage du mari colérique (Bradley Whitford) reste très schématique, tout comme celui du chef de brigades de mise en quarantaine, interprété par Peter Stormare, sadique jusqu’à la caricature.

Si les sujets de fond sont intéressants, mettant en avant les passe-droit, l’inconscience individuelle, la corruption, la débrouille, le rêve d’ailleurs, la dernière partie du film n’évite pas quelques ficelles déjà-vues ou quelques facilités scénaristiques, même si elle assure quelques moments de tension. Produit par Michael Bay, "Songbird" reste cependant assez peu spectaculaire, mais parvient, grâce à un tournage qui a eu lieu en mode commando dans un Los Angeles confiné, à rendre crédible ce monde sous cloche depuis quatre ans. Une situation que l'on espère bien entendu éviter avec le Covid 19, qui nous rattache certes à l'intrigue et ses enjeux, mais risque aussi de jouer les répulsifs en cette période de véritable pandémie, les spectateurs n'ayant pas forcément envie de se projeter dans un monde où celle-ci n'en finirait jamais.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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