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SO LONG, MY SON

Un film de Wang Xiaoshuai

Un drame chinois parfaitement maîtrisé

Début des années 80. Liyun et Yaojun formaient un couple heureux, jusqu’à ce que leur fils Xing Xing ne meure noyé accidentellement, emporté par les eaux d’un barrage. Leur reconstruction va se heurter à la politique de l’enfant unique mise en place par le régime, mais aussi aux évolutions de leur pays comme des mœurs…

So long my son film image

En compétition au Festival de Berlin 2019, le film chinois "So long, my son" aura valu un double prix d’interprétation à ses interprètes Wang Jingchun et Yong Mei. Réalisé par Wang Xioashuai, auteur de "Beijing Bicycle", "Chongqing Blues" et "11 Fleurs", il faut dire que l’œuvre est bouleversante, entremêlant l’histoire de deux familles sur plusieurs générations, et confrontant la politique de l’enfant unique de la réalité à la réalité des relations humaines, qu’elles aient une légitimité sociale ou non. Au fil de cette histoire racontée dans un désordre chronologique assumé, ce sont à la fois la possibilité d’un enfant adopté, d’un second enfant interdit, d’un autre illégitime, qui questionnent le deuil impossible d’un premier fils.

Adoptant un montage habile, alignant les cadrages minutieux (avec par exemple les plans de l’usine, enserrés sous les machines, au travers de rouleaux en mouvement…), Wang Xioashuai sait provoquer à la fois émotion comme nostalgie. Montrant le couple isolé en période de fêtes (le feu d’artifice du nouvel an…), leur détresse face à l’accident (leur présence en fond de couloir lors de l’arrivée à l’hôpital…), leur tristesse face à une ville qui a beaucoup changé, leur déracinement dans un village portuaire, le film les fait traverser les années, comme figés dans leur douleur.

Récit déchirant autour de l'enfant unique (une politique en vigueur de 1979 à 2015), de la culpabilité et de sa transmission, "So long, my son" aborde aussi en fond la désindustrialisation et la transformation progressive des villes chinoises. Avec des personnages à l'épaisseur jamais démentie, jouant des non-dits dans une construction complexe, le film distille en douceur une véritable émotion et une certaine idée du pardon. Et il laisse en mémoire, dans un bouleversant final, deux visages dignes et profondément humains.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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