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SLEEP

Un film de Jason Yu

La Corée du Sud ne dort jamais

Un couple heureux et bien sous tout rapport voit sa vie bouleversée : ils attendent leur premier enfant et comme si cela ne suffisait pas, le mari commence à faire des crises de somnambulisme, de plus en plus puissantes. Qui du médecin ou du shaman pourra les aider ?

Dire que Jason Yu était attendu au tournant est un euphémisme : il s’est formé au côté de l’immense Bong Joon-ho lors du tournage d’ "Okja". Alors, est-ce que ces attentes sont récompensées au visionnage de son premier long-métrage ? Sans plus attendre, la réponse est oui.

Dans "Sleep", les protagonistes se retrouvent aux prises avec une situation médicalement connue : le somnambulisme. Mais celui-ci est étrange et nous fait nous poser la même question que lorsqu’on ne comprend pas un phénomène : rationalité ou surnaturel ? La bonne idée du film est de ne jamais se positionner franchement, tout en nous laissant embrasser les points de vue des deux protagonistes. Le mari somnambule marmonne une phrase inquiétante ? Il est acteur, et sa femme retrouve la même phrase dans un script : rationnel. Le chien disparaît à la suite d’une nouvelle crise de somnambulisme ? Si c’est rationnel c’est énorme (et pas de chance), si c’est surnaturel c’est un avertissement.

On oublie parfois de se poser la question du scénario si l’image est belle (et ici elle l’est, c’est à souligner, car filmer un intérieur d’appartement la plupart du temps pourrait ne pas être une réussite) : dans "Sleep", l’histoire est d’une efficacité folle et soulève sur son passage des questions profondes comme la dynamique de couple dans leur rapport à l’argent et au succès, la découverte de la parentalité, l’amour plus fort que tout, la fuite ou non face aux situations compliquées d’une vie à deux…

Le travail méticuleux du metteur en scène pour nous faire adhérer à son histoire est presque organisé en huis clos : elle est à l’appartement avec leur nouveau-né et lui part travailler. Quand il rentre le soir, ils aménagent l’espace pour prévenir les prochaines crises, elle s’éloigne de lui pour préserver son enfant. Lorsque les protagonistes sortent, ils ne sont jamais en espace ouvert : cabinet médical, intérieur de la voiture, bureaux... Il n’y a pas d’extérieur à leur bulle d’angoisse. Cependant, et Jason Yu le dit lui-même, c'est un feel-good horror movie : les personnages principaux s’aiment et se le montrent, il y a une bonne dose d’humour, même dans les moments les plus sombres de cette descente aux enfers émotionnelle.

Pour porter le tout, le casting est excellent (vous reconnaîtrez d’ailleurs en acteur principal Lee Sun-kyun, vu à l’affiche de "Parasite") et leur jeu passant de l’effroi à la joie est franc et honnête. Ce sont vos voisins, monsieur et madame tout le monde, sauf qu’ils ont du mal à dormir sur leurs deux oreilles. Allez donc vous faire votre propre idée, ici on va le revoir plusieurs fois quitte à en perdre le sommeil.

Océane CachatEnvoyer un message au rédacteur

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