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SILENT NIGHT

Un film de Camille Griffin

Apocalypse Tonight

Un couple invite ses amis les plus proches à un dîner de Noël dans leur maison idyllique de la campagne anglaise. Mais quelque chose de très inquiétant semble s’amorcer ce soir-là…

Parler de "Silent Night" sans en spoiler le fond caché n’est pas une mince affaire. Pour tout dire, le film de Camille Griffin prend tellement à revers toutes nos attentes qu’on va s’empresser de vous prévenir : si vous tenez comme nous à découvrir ce film l’esprit vierge de toute information, arrêtez immédiatement la lecture de cette critique… Vous êtes toujours là ? Commençons donc par dire que son affiche et ses quelques photos glanées ici et là avaient tout pour annoncer une comédie british bien méchante et corrosive comme on les aime, où l’idée d’un réveillon de Noël sur fond de catastrophe imminente serait le terrain de jeu idéal pour un gros pétage de plomb familial à base de sarcasmes vachards et de règlements de comptes cruels. Oui, mais… Si le film donne l’impression de démarrer sur cette voie-là, en introduisant un large panel de personnages condescendants et suffisants (dont l’excellente Keira Knightley et l’hilarante Lucy Punch) qui se sourient les uns les autres pour mieux contenir leurs rancœurs respectives, le tableau a tôt fait de se troubler.

Ce que l’on prenait pour de la caricature joyeuse s’efface vite au profit d’une inquiétude qui ne cesse de grossir : les adultes singent l’apaisement à chaque dispute, les enfants paniquent pour des raisons politiques ou écologiques (Greta Thunberg a-t-elle raison ? Les Russes vont-ils déclencher le feu nucléaire ?), on parle de mystérieux comprimés à avaler, et toute information qui plomberait l’ambiance est coupée dans son élan. On devine peu à peu l’effroyable vérité [Attention Spoiler] : ce soir, c’est la fin du monde, et ce qui se présentait comme un gros réveillon de Noël en famille cache en réalité un suicide collectif programmé, avec les adultes qui essaient de sauver les apparences et de faire passer à leurs mioches cette idée du gobage du fameux comprimé tueur (histoire de « mourir dignement et sans souffrance »). Acculés dans leurs derniers retranchements d’humanité, avec tout ce que cela peut supposer d’angoisses et de colère, les personnages du film activent alors un zigzag permanent entre décalage burlesque et détresse absolue, ce que le film reflète en changeant d’émotion comme un gamin appuierait mécaniquement sur l’interrupteur. Délire et empathie font ainsi la bête à deux dos tout au long de ce film à la fois très actuel et très fort, parfaitement dialogué et interprété, qui coince régulièrement le rire au fond de la gorge à force de propager le parfum de l’apocalypse dans chaque scène, jusqu’à l’inéluctable. Le monstrueux plan final, en outre, risque d’ores et déjà d’enclencher des débats très animés en sortie de projection.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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