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LE SECRET DES BANQUISES

Un film de Marie Madinier

Sans contrefaçon, je suis un glaçon !

Le professeur Quignard est à la tête d’une équipe de chercheurs qui étudient une protéine spécifique, produite par les pingouins, qui pourrait permettre d’immuniser l’être humain contre toute forme de maladie ou d’infection. Christophine, une jeune laborantine un peu maladroite, est amoureuse de Quignard. Elle décide un jour de s’injecter le génome pingouin afin de l’aider dans ses recherches. Mais en faisant ça, elle devient surtout son cobaye…

Il est des films dont on se demande sans cesse pendant la projection ce qui a pu motiver leur mise en chantier. Il est des films qui font s’interroger sur les substances potentiellement illicites que ses créateurs ont dû absorber pour être capables de prendre un tel scénario au sérieux. Il est surtout des nanars que l’on contemple à l’état de drogué malencontreusement coincé dans une chambre froide : d’un côté, on reste figé devant l’énormité du résultat, et de l’autre, on grelotte de rire devant les moments involontairement bidonnants qui s’enchaînent à chaque nouveau raccord de plan. En l’état, "Le Secret des banquises" sera un Graal de premier choix pour tous ceux qui désireraient avoir ces trois caractéristiques pour le prix d’une. Et le plus fort, c’est que ces derniers n’auront pas l’impression d’avoir dépensé dix euros pour rien, tant le résultat suscite une irrésistible euphorie.

Donc, pour résumer, voilà une laborantine un peu empotée (Charlotte Le Bon, trop mimi) qui participe à une étude sur les vertus immunisantes du génome de pingouin. Pourquoi le pingouin et pas un autre animal ? Aucune idée. Et voilà donc que, par amour pour le docteur bellâtre (Guillaume Canet, trop fade) qu’elle n’a semble-t-il jamais vu mais toujours entendu (rires), la belle décide de s’injecter ce génome dans les veines pour accélérer le processus de recherche ! La suite est édifiante : la voilà qui arrive à faire caca dans un verre à moutarde, qui teste sa résistance corporelle en recevant des claques de son amoureux (!), qui expérimente toutes les positions du Kâma-Sûtra avec un spécialiste en rats de laboratoire (pas mal de contorsions loufoques sur fond de techno !), qui voit ses mains devenir aussi palmées que les pieds de Kevin Costner dans "Waterworld", qui observe des poils blancs sur sa peau (bon, de loin, on dirait plutôt qu’elle s’est maquillée avec de la noix de coco râpée, mais passons…), et qui prend des bains d’eau glacée pour survivre. Pendant ce temps-là, dans un centre de recherche aussi immaculé qu’un couloir de Gattaca, les études sur le plaisir sexuel comme accélérateur du processus d’immunisation poussent tout le personnel à s’adonner aux joies de la partouze collective. À ce stade, on est déjà roulé en nem sur notre siège. Jusqu’à une scène finale qui se révèle moins poétique que magnifiquement grotesque – et on ne va surtout pas vous la révéler…

On ne sait pas trop ce que voulait faire Marie Madinier avec ce premier long-métrage. Voulait-elle explorer une sorte de pitch cronenbergien façon "La Mouche", mais à l’envers, où une métamorphose génétique encouragerait le rapprochement amoureux de deux êtres ? Voulait-elle signer une étude décalée sur l’humain, créature fragile vouée à accepter son irrémédiable mutation dans son éternel besoin de survie et d’immortalité ? Voulait-elle signer une comédie poétique et naïve sur l’amour au-delà de l’enveloppe humaine ? Honnêtement, on doit sûrement capillotracter pour pas grand-chose en supposant tout cela, et reconnaissons surtout que le film, encombré d’un casting aux fraises et d’une multitude de dialogues hilarants (même Marc Lévy n’aurait pas osé un tel degré de naïveté !), ne nous donne ni le temps ni trop l’envie d’y réfléchir. Ce fameux secret vanté par le titre du film, c’est peut-être ça, après tout : susciter une étrange sensation de froid qui suscite aussi bien la congélation (on reste sans voix) que le dégivrage (on gigote de rire). On tient donc d’ores et déjà un solide candidat au titre du film le plus « What The Fuck » de l’année.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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