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SCREAM 6

Le masque et l’enclume

Après avoir été traquées par le tueur masqué de Woodsboro, Samantha et Tara vivent dorénavant à New York, loin des événements meurtriers. Mais quand des étudiants et une prof sont sauvagement assassinés en plein cœur de la Big apple, tout porte à croire que Ghostface les a retrouvées…

Scream 6 film movie

En assassinant dès le début trois cinéphiles new-yorkais, les réalisateurs de "Scream 6" sont-ils conscients d’enterrer également, avec leurs premiers cadavres, toute la cinéphilie qui faisait le sel de la série "Scream" débutée en 1996 sous la plume brillante et jouissive de Kevin Williamson ? Le jeune prodige, alors âgé de 30 ans, se faisait remarquer avec un scénario qui rendait un hommage appuyé au genre qu’il glorifiait ! Il réussissait même à se renouveler continuellement en signant les suites jusqu’à "Scream 4" en 2011 (à l’exception du 3e volet, réécrit suite à la tuerie de Columbine). Dans cette franchise à succès, où Ghostface a rempli les tiroirs caisses de Miramax, les codes du film d’horreur ont été à volonté analysés, décortiqués, détricotés, renversés pour le plus grand bonheur des amoureux du cinéma de genre, qui passaient également 1h30 à enquêter pour deviner qui pouvait bien se cacher sous le masque du tueur. Onze ans plus tard, "Scream 5" a débarqué avec un requel plutôt réussi, en mélangeant les anciens survivants à de nouveaux personnages, laissant ainsi entrevoir la possible mise en œuvre d’une nouvelle trilogie.

Nous voici donc, un an après, déjà de retour avec la même équipe, Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett à la caméra, et James Vanderbilt et Guy Busick au scénario, pour le sixième volet de la saga "Scream". Mais pourquoi avoir confondu vitesse et précipitation ? L’appât du gain était-il si fort, qu’il fallait enchaîner coûte que coûte la suite de cette nouvelle série ? Las, la plume est devenue enclume… avec toutes les lourdeurs que l’on ne veut pas trouver dans ce genre de production. Les interrogations sur la crédibilité de l’histoire témoignent du peu d’importance accordée au script. Trop de facilités dans les meurtres, des incohérences temporelles notamment quand on passe de la scène de jour dans Central park à la scène de nuit chez Gale Weathers, des réactions inadaptées, des téléphones jamais utilisés pour s’entraider, et surtout : aucun flic (à part l’enquêteur) ne semble exister à New York City ! La ville aux sirènes en continu est méconnaissable… Comment est-il possible d’être autant passé à côté de la célèbre grosse pomme ? A part dans le métro, le meilleur décor d’angoisse du film, on ne trouve aucune originalité sur l’exploitation de New York.

Autre bouleversement, pour tous les fans de la série : l’absence de Sidney Prescott (courageuse Neve Campbell qui a refusé le film pour une raison d’inégalité de salaire homme-femme). Son personnage est seulement évoqué au détour d’une conversation tenue par Gale Weathers, dont le rôle est cette fois-ci réduit comme peau de chagrin. Chagrin qui ne nous quitte plus quand manque également à l’appel l’ADN même de la franchise "Scream", à savoir l’humour noir, la satire, le film à énigmes et la mise en abyme. Au moins a-t-on un effet nostalgie au travers du musée dans l’enceinte d’un vieux cinéma comportant une riche collection d’objets phare de l’histoire des crimes de Woodsboro. Une maigre consolation quand on analyse la facilité avec laquelle le script a été écrit. Avouons cependant que si l’on n’est pas trop regardant, on passe quand même un moment plutôt distrayant, avec une bonne dose de tension, sans que les réalisateurs abusent sur les jumpscares. On retiendra enfin un élément qui risque d’agiter le prochain épisode : l’ambiguïté du personnage de Sam, de plus en plus hanté par son père Billy Loomis, le meurtrier du premier "Scream"… Ou comment revenir aux origines du mal pour peut-être ranimer les fondements du slasher movie et du genre horrifique qui ont fait le succès des premiers volets. Fingers crossed comme diraient les Américains ! Quant à "Scream 6", il est au final, pas complètement raté et assez distrayant. Mais au regard des précédents, le film reste un petit faux pas, bien en deçà des attentes des fans exigeants de la première heure.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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