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R.M.N.

Un film de Cristian Mungiu

Autopsie impressionnante de la violence banalisée

À l’approche de Noël, Matthias est de retour dans son village de Transylvanie, pour renouer notamment des liens avec son fils et son ancienne petite amie. Mais lorsque l’usine de cette dernière décide de recruter des travailleurs étrangers, c’est toute la communauté qui s’embrase…

R.M.N. film movie

La spectroscopie RMN est une technique utilisée en imagerie médicale sous le nom d’IRM. Ce titre énigmatique est loin d’être anecdotique tant le film va se transformer en une dissection minutieuse de la Roumanie d’aujourd’hui, un pays où sa population a fui en direction de l’Occident, attirée par les promesses d’un emploi stable, laissant sur place les fractures silencieuses d’un ascenseur social abandonné. Lorsque la misère grandit, le repli sur soi est souvent la solution privilégiée, illusion d’une sécurité dans laquelle le populisme et la xénophobie vont s’engouffrer.

Habitué de la Croisette, récompensé pour chacun de ses derniers projets présentés à Cannes (Palme d’Or pour "4 mois, 3 semaines, 2 jours", Prix du scénario pour "Au-delà des collines" et Prix de la mise en scène avec "Baccalauréat"), Christian Mungiu est cette fois reparti bredouille, peut-être en raison des (trop) nombreuses pistes évoquées par le métrage, laissant quelques sujets trop superficiellement traités. En s’intéressant au retour d’un homme dans son village multiethnique de Transylvanie, c’est bien plus à la chronique politique qu’au récit familial que va s’attaquer le cinéaste, à l’image de ce plan séquence exceptionnel de 17 minutes.

Par l’histoire de travailleurs sri-lankais qui rejoignent l’usine locale, le réalisateur érige ce microcosme en allégorie d’une Europe malade, où les subventions tiennent à bout de bras les économies locales, où les extrémismes affolent les chiffres à chaque élection, où la peur de l’autre est devenue ordinaire, le racisme et les violences systémiques. Maîtrisé et chirurgical, le film est une leçon de scénario, par l’aisance déconcertante avec laquelle il fait vivre toutes ces thématiques, en les nichant dans des espaces de plus en plus restreints : un village, une usine, une famille. Si la fin métaphorique laisse un peu plus perplexe et la signification qu’on peut donner à certains éléments discutable (notamment la sous-intrigue avec les ours), la présence de "R.M.N." au palmarès n’aurait pas été scandaleuse, bien au contraire.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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