Parce qu'on en a jamais assez !

BACCALAURÉAT

Un film de Cristian Mungiu

Mention avec les félicitations du jury !

Romeo est un bon père de famille autour de la cinquantaine. Sa fille, excellente lycéenne, a été admise dans une grande université anglaise. Il ne lui manque que le baccalauréat. Malheureusement, elle se fait agresser la veille du premier examen et son père va devoir tout mettre en uvre pour l’aider à réussir, y compris en employant des moyens litigieux…

Cristian Mungiu est un habitué de Cannes. Tous ses films y ont été présentés, de son premier "L’Occident" sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à ce cinquième film, "Baccalauréat", en compétition officielle. Le lauréat de la Palme d’or en 2007 (pour "4 mois, 3 semaines et 2 jours") est revenu sur la Croisette avec un nouveau scénario qu’il a lui-même écrit et qui se trouve être d’une redoutable efficacité. L’histoire est celle d’un homme, bon père de famille, qui va se battre pour le bien de son enfant en prenant une voie qu’il n’a pas l’habitude d’emprunter et qu’il n’a surtout pas l’habitude de montrer à sa fille.

Mais qu’est-ce que le bien ? Qu’est-ce qui est mal ? Le mal ne peut-il être parfois une voie pour accéder au bien ? Doit-on enfreindre les règles pour permettre à son enfant d’avoir le meilleur ou, au contraire, doit-on lui inculquer la droiture, le respect et l’honnêteté, sans compromis, quitte à mettre son avenir en péril ? Cristian Mungiu met son personnage principal dans un dilemme et un cas de conscience forts. Le réalisateur roumain interroge le spectateur sur la manière dont nous élevons nos enfants et sur les valeurs que nous leur inculquons. L’éducation et la transmission sont ainsi au cœur de ce grand film, récompensé à Cannes 2016 par le prix ex-aequo de la mise en scène.

Mungiu y décrit la corruptibilité de notre monde, où les forts utilisent la faiblesse du système et des institutions : une forme de violence, sourde, aussi extrême que les vols ou les braquages… Ici, notre homme est désespéré par la situation dans laquelle se retrouve sa fille (une excellente élève qui doit avoir 18 de moyenne au bac et qui est agressée peu avant les examens remettant en question son départ pour une université anglaise). Il est prêt, alors, à user de tous les moyens – légaux ou non – pour que le destin tout tracé de sa fille ne soit pas perturbé. Mungiu déploie ici le spectre de la fatalité et de l’injustice du monde dans lequel nous vivons…

Mais "Baccalauréat" est aussi le beau portrait d’un père au carrefour de sa vie. Avec sa fille qui doit quitter le nid pour l’Angleterre, il se voit déjà faire le ménage dans son mariage qui bat de l’aile et s’installer avec sa maîtresse pour commencer une nouvelle vie, retrouver une nouvelle jeunesse et un nouvel élan après s’être battu pour sa propre carrière et sa fille, alors que sa vie n’est plus que routine (tous les jours le même chemin en voiture et le même coup de klaxon à un carrefour). Le comédien Adrian Titieni, très crédible, joue tout en finesse et en sobriété ce rôle de père qui dépasse peu à peu les limites qu’il s’était imposées à lui-même. Un film fort, en forme de délitement, superbement écrit, qui mérite les félicitations du jury !

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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