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QUI A PART NOUS

Un film de Jonás Trueba

Un documentaire fiction hors normes

De 2015 à 2018, Jonás Trueba a suivi des lycéens madrilènes, avant de les revoir en visio lors du confinement du printemps 2020. L’occasion d’une réflexion sur la manière dont les adultes voient les adolescents, sur ce qu’ils sont et surtout ce qu’ils voudraient être…

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En choisissant de filmer des adolescents madrilènes, Jonás Trueba ("Todas las canciones hablan de mí", "Eva en août") qui avait déjà abordé la question de la première expérience amoureuse dans "La reconquista" (inédit en France), dresse un portrait intrigant et touchant de la jeunesse espagnole, dans sa perception d’elle-même, ses élans, et ses freins aussi. Protéiforme, cette expérience mêle témoignages, mais aussi passages interprétés, plus ou moins construits, dans trois parties à la tonalité distincte, les menant vers une certaine réflexion sur leur place et leur implication dans la société, symbolisée par leur participation finale aux élections générales de novembre 2019, geste symbolique en soi, capturé pour quelques uns des personnages.

Ponctué de deux entractes (« intermedios ») de 5 minutes, le film débute à la manière d’un documentaire captant les réflexions de lycéens, en classe (collectivement) sur leur rapport aux adultes ou parents, les contrariétés liées au système éducatif, mais aussi en duos, lors d’exercices dans lesquels ils inventent des histoires de couples ou d’amitiés, éclairant ainsi quelques blessures, solitudes ou aspirations à mieux se comprendre eux-mêmes. Entre représentation de rituels usuels (les soirées avec des jeux idiots mais révélateurs du type « Yo nunca... » - « Moi, je n’ai jamais... »…) c’est bien la définition de l’identité qui est au centre du film, comme l’attestent les interviews face caméra qui cloturent le chapitre, entre refus des étiquettes, peur d’être seul, affirmation face au harcèlement...

Avec le second chapitre, plus fictionnel, dont quelques prémisses semblaient apparaître dès le précédent (avec des sortes de portraits réflexifs illustrant l’inclinaison d’un garçon pour l’art, l’incapacité d’une élève à se remettre d’une rupture), c’est la représentation de leur intimité qui est soudain mise en lumière. Entre réflexions sur la manière dont le cinéma peut représenter les pensées d’un personnage, Jonás Trueba, fils du réalisateur Fernando Trueba ("Chico et Rita", "La reina de espana", "Belle époque"), met en scène partiellement en parallèle deux histoires d’amour, l’une entre une mineure et un garçon de 19 ans, l’autre en interne au groupe entre deux ados timides. Suivant en même temps des étapes classiques d’un parcours scolaire adolescent (le voyage de classe en Andalousie, les soirées arrosées, les fêtes marquantes de l’année...), il construit des itinéraires individuels, questionnant la place de chacun face au groupe.

Ceci avant de conclure dans un troisième chapitre, autour des espoirs et aspirations de chacun, retrouvant ici une capacité de ces jeunes à l’échange, notamment politique. Prônant eux-mêmes la persévérance à faire évoluer la société (car, comme le titre français le suggère si bien, « Qui à part » leur génération pourrait en être à l’origine ?), les individus s’y affirment, face au monde qui les attend, dont ils se sentent désormais partie prenante. L’introduction comme la conclusion, sous forme de conférence vidéo type zoom, tournée en plein confinement en 2020, donne la mesure de leur posture de jeunes adultes, affranchis de craintes irrationnelles et désireux de contact humain, et achève, en consolidant le regard bienveillant du spectateur, de confirmer la stature hors norme de ce documentaire fleuve multi-récompensé (Prix du meilleur documentaire aux Goyas 2022, Prix de la critique internationale et Concha d'argent du meilleur second rôle pour l’ensemble du casting au Festival de San Sebastian 2021).

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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