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QUELQUES MINUTES APRÈS MINUIT

Un conte d'une puissance inouïe

Conor fait chaque nuit le même cauchemar, où l'église et le cimetière voisins s'effondrent, laissant place à un trou béant. Un soir, à minuit passée de sept minutes, le vieil arbre situé sur la colline se transforme en un monstre et s'approche de lui. À sa grande surprise, celui-ci affirme qu'il est là pour lui raconter trois histoires, à la suite desquelles lui-même devra raconter et faire face à la sienne...

Il y a dans le cinéma de Juan Antonio Bayona quelque chose d'humain et d'universel qui amène à chaque fois une émotion ténue mais qui finit par vous submerger. Par la justesse des personnages, la qualité du casting et la profondeur de l'histoire, il réussit à chaque fois à toucher à l'essentiel de ce qui fait l'homme, ni mauvais ni bon, dans son inextinguible instinct de survie. Ainsi après "L'orphelinat" et "The impossible" voici qu'il nous livre un nouveau grand film, adapté de Patrick Ness. Et il réussit un conte là où Spielberg a échoué cet été avec son "Bon gros géant".

Faire face à ses peurs, accepter son caractère humain, ses failles et ses faiblesses, c'est ici le thème de ce long métrage centré sur un garçon et sa mère malade. Un duo à la tendre complicité, perturbé par l'aggravation de la maladie et l'irruption d'un tiers : la grand mère, rigide et sérieuse, incarnée par une Sigourney Weaver en état de grâce. Filmée à hauteur d'enfant, tout comme le fameux monstre, à l'aide de force contre-plongées, elle fait partie de ce que le héros ressent comme une menace (comme les camarades de classe qui le harcèlent), sans pour autant en avoir réellement peur.

Fin directeur d'acteurs, Bayona réussit à donner de la puissance à la moindre scène intime, tout en dynamisant les trois histoires du monstres par une représentation très réussie sous forme animée (à bases de dessins façon aquarelle). Faisant naître l'ambiguïté, laissant s'insinuer le doute, dans l'esprit du personnage comme du spectateur, il crée ici un véritable univers, dont se dégage autant une amertume palpable qu'un refus de la fatalité. Une magnifique histoire qui vous dérobera sûrement au passage quelques larmes.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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