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QUARTIER LOINTAIN

Un film de Sam Garbarski

Se souvenir des belles choses

Auteur de bandes dessinées en mal d’inspiration, Thomas se retrouve un peu par hasard dans la ville de son enfance. Alors qu’il se recueille sur la tombe de sa mère, il s’évanouit et se retrouve projeté dans le passé. De nouveau adolescent, il retrouve ses copains, la fille dont il est amoureux, sa famille, et surtout son père, disparu sans laisser d’adresse alors qu’il n’avait que 15 ans...

Adapter sur grand écran l’un des plus beaux chefs d’œuvres du manga japonais (“quartier lointain” de Jiro Taniguchi) était déjà chose risquée. Transposer le récit dans la France des années soixante semblait alors kamikaze. Pourtant Sam Garbarski l’a fait, et malgré tous les écueils d’un tel projet, il a su conserver l’essence même de l’œuvre.

Le rythme tranquille et contemplatif, la musique minérale de “Air” incarnent aisément la plénitude et le recueillement propres aux ouvrages de Jiro Taniguchi (qui fait d’ailleurs une courte apparition à la fin du film). Le décor, la ville de Nantua, se révèle étonnamment très proche de l’univers du manga. Avec son lac au pieds des montagnes, l’endroit offre une nature omniprésente, brute de ses éléments : l’eau et la pierre. Puis il y a la ville en elle même. Victime de son isolement, la cité semble figée, nostalgique d’une époque glorieuse où les rues commerçantes pavoisaient de façades colorées. Un décor autrefois idyllique devenu triste et désert, tel est souvent le constat quand on redécouvre le quartier de notre enfance.

Malgré son côté fantastique “Quartier lointain” n’en est pas pour autant un film de science fiction. Le retour dans le passé n’est prétexte qu’a développer l’introspection du héros, au travers d'une histoire qui ne peut laisser indifférent. Redevenir enfant, redécouvrir ses parents. Qu’ils soient disparus ou non, pouvoir les côtoyer en ayant le même âge qu’eux, du moins mentalement, est une expérience forcément chargée d’émotion. Retrouver l’innocence, avec son intelligence d’adulte, dire à ses proches qu’on les aime, évoque infailliblement une réflexion personnelle.

Totalement respectueux de l’œuvre initiale, Sam Garbarski use de dépouillement. Un peu trop malheureusement et le ton définitivement sobre du film finit par plomber un tant soit peu le jeu des acteurs. Faire jouer à des comédiens des personnages figés dans un dessin est certainement l’exercice le plus difficile dans l’adaptation d’une bande dessinées. Cette faiblesse se ressent notamment dans l’interprétation du personnage principal : Thomas. L’adulte, Pascal Greggory, n’ose aucune émotion, de peur de rompre la plénitude du scénario. Quant à l’adolescent, interprété par Léo Legrand, il est définitivement trop timide à l’écran. Son jeu gauche n’évoque ni l’adulte qui est présent dans sa tête, ni le grand enfant réincarné. Seuls Jonathan Zaccai et Alexandra Maria Lara interprètent avec justesse le trouble de ces parents modèles souffrant de ne pouvoir s’épanouir personnellement.

Néanmoins “Quartier lointain” reste avant tout une très belle histoire, qu’on la découvre par le dessin ou par l’image, elle laisse rarement insensible car elle sait raviver nos plus beaux souvenirs, tout en évoquant avec justesse et pudeur les angoisses et les doutes qui jalonnent notre existence.

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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