Banniere Festival d'Annecy 2021

INTERVIEW

QUARTIER LOINTAIN

Journaliste :
Comment s’est passé votre rencontre avec Jiro Taniguchi ?

Sam Garbarski :
Avant le tournage, je n’ai eu qu’une fois l’occasion de le rencontrer. Il était à Bruxelles pour quelques jours et nous avons bu un café ensemble. Il m’a dit qu’il avait beaucou…

© Wild Bunch Distribution

Journaliste :
Comment s’est passé votre rencontre avec Jiro Taniguchi ?

Sam Garbarski :
Avant le tournage, je n’ai eu qu’une fois l’occasion de le rencontrer. Il était à Bruxelles pour quelques jours et nous avons bu un café ensemble. Il m’a dit qu’il avait beaucoup aimé «Le tango des Rashevski» et «Irina Palm». Il était très heureux de savoir que j’allais adapter son manga. Après, le plus long furent les négociations avec les avocats pour les droits, et j’ai du attendre deux ans et demi avant de pouvoir commencer le film. Je n’ai revu Jiro Taniguchi qu’à la fin du tournage. Il est venu nous rejoindre à Nantua et quand il a vu le paysage, il avait le même regard émerveillé qu’Hiroshi, son héros dans l’histoire. Il est vrai que le paysage là-bas est magnifique. On a passé de très beaux moments avec lui, nous étions tous très émus.

Journaliste :
Quelle est la principale difficulté pour adapter un manga au cinéma ?

Sam Garbarski :
L’histoire en tant que telle était plutôt «facile». Bien qu’elle ait été imaginée par un Japonais à l’autre bout du monde, elle est universelle. Qui n’a pas envie de re-vivre ses 14 ans ? Pouvoir poser des questions à son papa ou à sa maman ? Dire «je t’aime» à son premier amour ? Le plus difficile fut d’ajuster la narration au récit. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, un manga n’est pas un «story board», il faut l’adapter, notamment sur la durée. Dans l’œuvre originale, le récit est très riche et se déroule pendant plusieurs mois. Coller au texte était alors inimaginable. C’est pourquoi, avec mes co-scénaristes, nous avons eu l’idée de faire revenir Thomas, quelques jours après la disparition supposée de son père. Ainsi, nous pouvions ajouter un autre niveau de lecture mais surtout réduire la durée de l’histoire à quelques jours seulement.

Journaliste :
Le dessin de Jiro taniguchi est très esthétique, notamment en ce qui concerne les paysages. Comment avez vous abordé cet aspect ?

Sam Garbarski :
J’ai été envoûté par l’épure du récit. Dans son fond et dans sa forme. Au japon, on appelle le «mâ» les instants sans mots ni gestes et où pourtant tout ce dit. J’avais besoin de retrouver ce langage dans mon film. Je suis moi même très réceptif à cette retenue. Pour le décor, j’ai été heureux de trouver Nantua. C’était un vrai coup de cœur. Pourtant, ce n’est qu’après que j’ai réalisé que son passé était aussi une source d’inspiration. Cette ville a été un haut lieu de la résistance. Mon intuition m’avait amené ici car les murs respiraient l’histoire. Puis comme Jiro Taniguchi, je suis un fou de montagne. D’ailleurs, nous avons beaucoup de points communs lui et moi. Lors d’un entretien avec lui, je lui ai confié avoir lu son album en écoutant «Air». C’est là qu’il me répond que lui-même n’écoutait que cette musique en dessinant «Quartier lointain». C’était tout à fait surprenant. Le choix de la musique pour le film était alors évident.

Gaëlle Bouché Envoyer un message au rédacteur

À LIRE ÉGALEMENT