QUAI D'ORSAY

Abracadabrantesque !

Mal fagoté, Arthur Vlaminck se rend à son rendez-vous, au Quai d’Orsay, où il doit rencontrer le Ministre en personne, n’étant pas encore bien sûr de vouloir vraiment travailler avec lui. À peine entré dans son bureau, le Ministre surgit et lui explique qu’il a besoin de lui, de son pouvoir d’analyse, qu’il a constitué une grande équipe et qu’il lui confie ce qu’il y a de plus important : le langage ! L'entretien se terminant, le Ministre lui donne rendez-vous dès le lendemain pour attaquer les dossiers… L’aventure dans les arcanes du pouvoir commence…

On est de suite dans le bain avec le générique de "Quai d’Orsay" teinté d’humour et de rock’n’roll. Car ce sont les maîtres mots du nouveau film de Bertrand Tavernier, qui mêle adroitement la franche comédie à l’énergie abracadabrantesque de son personnage principal, le Ministre des Affaires étrangères, qui casse les portes du ministère et fait voler en éclat la paperasse administrative des nombreuses affaires courantes… Ce monstre qui occupe tout l’écran, surgit de chaque coin du cadre, stabilosse plus vite que son ombre, c’est le personnage de Dominique de Villepin, ex-ministre chiraquien, croqué et mis en scène par Blain et Lanzac dans une bande dessinée sortie en deux volumes sous le titre Quai d’Orsay et qui sert de base solide à la narration de cette fidèle adaptation.

Villepin devient Alexandre Taillard de Worms dans la BD et le film, où il est interprété par un Thierry Lhermite en très grande forme, qu’on avait pas vu aussi drôle, éloquent et efficace depuis "Le Dîner de cons", soit il y a 15 ans… oui quand même ! Il faut dire que la bande dessinée, à la base, est un petit bijou et que le film puise le meilleur de ses cases, se permettant même de magnifier quelques scènes et de glorifier un personnage en particulier. En effet, prenez la scène des Stabilo et confiez-la à Tavernier pour que la page devienne cinq minutes à l’écran à se tordre de rire ! Et pour le personnage qui gagne encore en profondeur au cinéma : merci Niels Arestrup ! Son Claude Maupas, serein, posé, faussement impassible, vaut à lui seul le déplacement. Les deux caractères diamétralement opposés du Ministre et de son directeur de cabinet fascinent !

Même si on en est très loin, "Quai d’Orsay" fait souvent penser à "L’Exercice de l’État" de Pierre Schoeller, dans la manière de nous immerger dans les arcanes du pouvoir, de nous montrer comment ces hommes d’État sont à la fois brillants et en même temps contradictoires, loin d’une certaine réalité, décalés de notre mode de pensée, haïssables et captivants… mais ici avec un ton évidemment bien différent : l’humour et le burlesque étant à chaque étage du Quai d’Orsay. Le verbe de la bande dessinée est scrupuleusement respecté, sa rythmique aussi, à l’image des aventures de Tintin qui nous tiennent en haleine de la première à la dernière bulle. Les dialogues sont incroyablement proches, pour ne pas dire exactement similaires, de ceux écrits par Lanzac et Blain, créant une cascade de paroles, parfaitement cadencé. Tac, Tac, Tac ! Le support même de la BD est honoré dans le film avec les split screens (ou écrans partagés) savamment dosés. On ne sort donc pas vraiment de l’œuvre d’où l’histoire est tirée, ce qui prolonge, avec délectation, le plaisir ressenti lors de la lecture.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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