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LE PRODIGE

Un film de Edward Zwick

La 3e guerre mondiale sur échiquier

« Le Prodige » retrace le parcours du très célèbre joueur d’échec – au moins pour les connaisseurs de ce jeu – nommé Bobby Fisher. C’est un voyage dans le temps, de son apprentissage à ses succès internationaux, en passant par ses premières victoires au pays, les États-Unis, en période de Guerre Froide. On y découvre aussi la face cachée d’un enfant obnubilé par l’ombre communiste de sa mère d’origine russe et de ses fréquentations, ceci le poussant au bord du gouffre de la dépression. Mais la rencontre avec un avocat et un prêtre pourrait bien l’aider à relever son défi ultime : battre le champion du monde d’échec, le russe Boris Spassky.

Edwar Zwick ("Blood Diamond", "Love et autres drogues" pour citer deux extrêmes) nous sert ce coup-ci sur un plateau d’argent ce biopic réussi. Le bougre n’en est pas à son premier du genre, il affiche clairement son attirance pour des événements de l’histoire, tel que l’excellent "Glory" (1989) qui retrace le premier bataillon afro-américain lors de la Guerre de Sécession ; ou "Le Dernier Samouraï", pas son meilleur. Quoiqu’il en soit, avec "Le Prodige", Zwick a tapé dans le mille…

La recette de ce long métrage, c’est une bande son discrète mais efficace, un environnement et une photographie qui nous plonge adéquatement dans les années 1950-1970 et un casting réussi : on s’attardera notamment sur son choix de Tobey Maguire. Au vue de sa prestation, on ne doutera pas un instant que ce dernier a beaucoup travaillé son rôle et s’est beaucoup investi dans son personnage. À tel point d’ailleurs qu’il a lui même produit en partie le film. Il est crédible et nous fait passer le message comme une lettre à la poste.

Pas besoin de connaître les échecs ou ses règles pour suivre ce film. De toute façon ce dernier ne prendra pas le temps de vous les expliquer ce qui est un choix fort judicieux. Car plutôt que de perdre le spectateur dans des règles ou stratégies qui peuvent s’avérer complexes, Zwick s’appuie intelligemment sur les expressions et le ressenti de Maguire. Et cela suffit à nous faire comprendre l’importance des moments décisifs... On se surprend même à retenir son souffle à plusieurs reprises.

"Le Prodige" s’attarde certes sur les succès de Fischer et sur certaines grandes parties internationales dont on taira les résultats ici. Mais ce à quoi nous renvoie le film, également, est la notion de sacrifice... Fisher a sacrifié sa vie personnelle et sa santé mentale et très rapidement sa personnalité bascule dans une « paranoïa maniaco-russe ». Le film aborde des questions telles que : est-ce que chaque objectif, chaque passion, mérite d’être porté à bout de bras, quoiqu’il en coûte ? Doit-on repousser ses limites toujours au maximum ?

Autre facette dévoilée : l’importance de la notoriété et de l’empreinte mondiale pour un pays. Dans ce cas, cela se joue entre les États-Unis et la Russie. Il s’agit maintenant d’une véritable guerre d’images où Fisher et Spassky en sont les marionnettes. Le gouvernement, là encore, est prêt à sacrifier le soldat Fisher, tel un Zéro kamikaze, pour arriver à ses fins et mettre un terme à la domination russe (aux échecs sur un plan mondial).

Bobby Fisher est le Mohamed Ali des échecs, avec ses victoires aussi grandes que ses défaites, ses provocations, ses exigences et ses faiblesses cachées. Beau parleur, très doué, homme sanguin et rapide qui « pique comme l'abeille et danse comme le papillon » et qui peut remporter de nombreux combats par KO. Quel champion !

Jean-Philippe MartinEnvoyer un message au rédacteur

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